Yvonne Manzi Makolo : « Pour Rwandair, il y a beaucoup d’opportunités en Afrique de l’Ouest »

Un avion de RwandAir. © Hansueli Krapf/CC/WikimediaCommons

Depuis le 30 août dernier, RwandAir desservait déjà depuis Cotonou trois villes : Libreville, Brazzaville et Abidjan. Mais à partir de ce mardi 3 octobre, elle franchit une étape supplémentaire.

C’est vers Dakar que la compagnie rwandaise déploiera ses ailes à raison de 3 fréquences par semaine, avant de rejoindre Bamako et Conakry entre fin novembre et début décembre. Pour cela, RwandAir a obtenu au mois d’août dernier du gouvernement béninois une « septième liberté de l’air » qui lui permet d’opérer des vols depuis Cotonou sans avoir à retourner à Kigali. Elle y a ainsi déployé deux Boeing 737.

Il s’agit de la première étape vers la constitution d’un hub qui devrait déboucher, dans les prochains mois, sur le lancement d’une compagnie béninoise, fruit d’une joint-venture entre RwandAir (49%) et le Bénin (51%). Une façon originale de conjuguer pavillon national et hub aérien, en association avec l’un des transporteurs les plus dynamiques du continent, qui entend d’ailleurs ouvrir une ligne vers Canton fin 2017.

Dans un ciel déjà marqué par la présence d’autres compagnies régionales comme Asky (basée à Lomé) et Air Côte d’Ivoire (qui dispose de son hub d’Abidjan), et par la renaissance annoncée de Ghana Airways (avec l’aide d’Air Mauritius) et d’Air Sénégal, Yvonne Manzi Makolo, directrice générale adjointe de Rwandair, en charge des affaires institutionnelles, ne craint pas la concurrence. Entretien.

Jeune Afrique : Avec le lancement de lignes vers Dakar, Bamako et Conakry, vous préparez le terrain au lancement de la compagnie béninoise. Quand celle-ci verra-t-elle le jour ?

Yvonne Manzi Makolo : Je n’ai pas encore de date précise. La création de la compagnie est toujours en cours, à tel point que nous n’avons pas encore décidé de son nom. Elle sera majoritairement possédée par le gouvernement du Bénin. La flotte sera appelée à croître la seconde année. En plus de nos B737, nous regardons aussi la possibilité de déployer des Q400.

Je pense qu’il faudra 5 ans pour que le hub et la compagnie soient matures

Le Bénin veut avoir une compagnie nationale pour booster ses capacités aériennes et son tourisme. Pour le Rwanda, il s’agit d’atteindre le marché ouest-africain. Le montant du soutien financier du gouvernement béninois à la compagnie est toujours en discussion. Il y a une très bonne coopération entre les deux pays. Je pense qu’il faudra 5 ans pour que le hub et la compagnie soient matures.

Votre hub de Cotonou ne se trouve-t-il pas trop proche des hubs d’Asky à Lomé et d’Air Côte d’Ivoire à Abidjan ?

C’est un marché sur lequel il y a encore beaucoup d’opportunités. Cotonou offre une excellente position pour desservir le maximum de marchés d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. La compétition est toujours bonne. Nous n’aurions pas ouvert un hub si cela n’avait pas eu de sens commercial.

Le transport aérien en Afrique de l’Ouest est très cher, nous voulons le rendre plus accessible aux voyageurs

Nous voulons être sûr d’offrir la même qualité de services, nous nous positionnons en termes de ponctualité, avec une flotte relativement jeune, et des tarifs adaptés. Le transport aérien en Afrique de l’Ouest est très cher, nous voulons le rendre plus accessible aux voyageurs. Si nous attirons suffisamment de passagers, nous serons profitables dès l’année prochaine.

Y a-t-il réellement une croissance du trafic entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est ?

Oui, spécifiquement en provenance du Nigeria, une de nos plus grandes routes, nous voyons aussi une grande croissance au Ghana. Je pense que cette croissance sera plus forte avec l’ouverture des routes Bamako, Conakry, Dakar. Le trafic entre Cotonou et Libreville est très bon, de même que vers Douala, et nous espérons que Dakar atteindra les mêmes niveaux. Il y a une croissance du trafic entre Kigali et Abidjan, entre Abidjan et Cotonou. Cela fait plus sens d’opérer directement en Afrique de l’Ouest depuis Cotonou que depuis Kigali.

Vous avez été profitable en 2015, vous avez perdu de l’argent en 2016. Comment assurer la solidité financière de vos projets de développement ?

Nous sommes une compagnie à la croissance rapide. Pour gagner de l’argent, nous nous devons d’ouvrir de nouvelles routes. Sinon ce serait difficile d’être profitable, notamment sur des lignes comme Dubai. Nous avons besoin d’alimenter nos routes pour nourrir notre développement vers la Chine, vers Bombay.  Nos nouvelles routes ne sont pas rentables dès leur ouverture.