Commission européenne : Jean-Claude Juncker, l’ère du dinosaure

Jean-Claude Juncker veut accueillir des femmes dans son équipe. © Reynaldo Paganelli/Sipa

Élu sans surprise, le président de la Commission européenne donne des gages à la droite, à la gauche, aux Verts. Un risque de cacophonie ?

Six Européens sur dix, dixit un sondage Ipsos, ne connaissaient pas, fin mai, Jean-Claude Juncker, élu président de la Commission de Bruxelles par le Parlement de Strasbourg le 15 juillet. Il a obtenu 422 voix sur 751, il en fallait au moins 376. Avec sa mine de papier mâché due à son goût immodéré pour la cigarette et sa nonchalance fatiguée, l’homme ne "crève pas l’écran".

Voilà un quart de siècle qu’il domine la vie politique du Luxembourg, en tant que ministre des Finances ou Premier ministre. Il a enchaîné vingt-cinq ans de conseils des ministres, d’Ecofin et de sommets européens. Un "dinosaure".

Sa victoire sur David Cameron, son ennemi, et sur Angela Merkel, dont il n’était pas le candidat, il la doit à un formidable réseau tissé en un quart de siècle. Il a des amis à droite puisqu’il en fait partie, au centre puisqu’il se veut démocrate chrétien, au sein de la gauche, qui apprécie sa fibre sociale. N’est-ce pas lui qui a soufflé en 2007 à Nicolas Sarkozy l’idée de proposer le socialiste Dominique Strauss-Kahn à la direction du Fonds monétaire international ?

La technique "attrape-tout" : faire des promesses à tous

Européen convaincu au point de refuser que la Grèce sorte de l’euro, il est un as des compromis, parfois bancals, comme en 2003 : il a alors épargné à l’Allemagne et à la France des sanctions pour déficits excessifs !

Son discours-programme du 15 juillet prononcé en français, en anglais et en allemand est un modèle de sa technique attrape-tout. Aux Verts, il a promis de revoir la procédure d’autorisation des OGM. À ses amis du Parti populaire européen (PPE), il a certifié que le pacte de stabilité serait préservé. À la gauche, que le pacte de libre-échange avec les États-Unis ne serait pas signé "à n’importe quel prix" et qu’il lancerait un plan d’investissements dans les infrastructures de 300 milliards d’euros sur trois ans.

Enfin, Jean-Claude Juncker a de l’humour. Il prétend parler allemand avec l’accent français et français avec l’accent allemand. "Résultat, ironise-t-il, personne ne me comprend." Saura-t-il être audible ?