Cameroun anglophone : sept morts en marge de la proclamation symbolique d’indépendance

Par Jeune Afrique avec AFP

Vue de Cow Street à Bamenda, le 23 juillet 2007. © rbairdpcam/CC/Flickr

Au moins sept personnes ont été tuées dans des incidents séparés qui ont eu lieu ce week-end dans les régions anglophones du Cameroun, quadrillées par les forces de l'ordre, en marge d'une proclamation symbolique d'indépendance vis-à-vis du pouvoir central de Yaoundé.

Les séparatistes anglophones ont choisi le 1er octobre, jour de la réunification officielle des parties anglophone et francophone du Cameroun, en 1961, pour proclamer unilatéralement cette indépendance. Depuis novembre 2016, la minorité anglophone, qui représente environ 20% des 22 millions de Camerounais, proteste contre ce qu’elle appelle sa « marginalisation ».

Le scénario de cette indépendance est catégoriquement rejeté par le pouvoir central de Yaoundé qui a déployé d’importantes forces de sécurité ce week-end dans les régions anglophones, et notamment à Buea, chef-lieu du Sud-Ouest, et Bamenda, chef-lieu du Nord-Ouest.

Dans cette ville en particulier, plusieurs personnes ont été admises à l’hôpital le 1er octobre, après des échauffourées entre police et manifestants. L’une d’entre elles au moins a été blessée par balle.

À Bamenda, les forces de sécurité ont dû recourir au gaz lacrymogène et parfois à des coups de feu pour disperser les manifestants. Des habitants ont fait état de tirs par les forces de sécurité. Deux personnes ont été tuées par balle à Ndop, à 40 kilomètres de Bamenda, et une à Kumbo, en marge de manifestations.

Trois prisonniers du pénitencier de la même ville de Kumbo, qui voulaient profiter de la mobilisation des forces de sécurité pour s’échapper, ont été tués par les gardiens le 1er octobre, et trois autres blessés. La veille, un jeune homme avait été tué par des forces de sécurité à Kumba, ville réputée frondeuse dans le Sud-Ouest anglophone.

Fédéralisme ou sécession

Sur les réseaux sociaux, le président camerounais Paul Biya, a condamné « de façon énergique tous les actes de violence, d’où qu’ils viennent, quels qu’en soient les auteurs », appelant au dialogue.

Certains anglophones exigent le retour au fédéralisme, tandis qu’une minorité réclame la partition du Cameroun, deux scénarios dont Yaoundé ne veut pas entendre parler.

La crise provoquée par cette contestation, exacerbée début 2017 avec une coupure d’internet de trois mois, s’est amplifiée ces dernières semaines avec la volonté de proclamer symboliquement l’indépendance des régions anglophones.

Le 22 septembre, entre 30 000 et 50 000 séparatistes y ont manifesté, selon un décompte de l’organisation International Crisis Group (ICG), qui relève que c’est la plus grande manifestation depuis février 2008 et les violences liées à l’augmentation du prix de l’essence.

« Lever un drapeau ne mérite pas la mort »

La déclaration symbolique d’indépendance a été faite sur les réseaux sociaux le 1er octobre par Sisiku Ayuk, président auto-proclamé de l’Ambazonie, du nom de la République séparatiste que les indépendantistes entendent créer.

Auparavant, Yaoundé avait pris des mesures fortes : couvre-feu instauré dans les deux régions anglophones, interdiction des réunions de plus de quatre personnes dans l’espace public et des déplacements entre les localités.

L’accès à internet y était perturbé depuis le 29 octobre malgré les assurances données deux jours plus tôt par le gouvernement qu’il n’y aurait pas de coupure dans les régions anglophones.

Le vice-président du principal parti d’opposition, le Social Democratic Front (SDF), Joshua Osih, s’est insurgé contre les forces de l’ordre qui tirent à balles réelles : « Lever un drapeau ne mérite pas la mort », a-t-il déclaré tout en soulignant être contre toute sécession.

L’Union européenne a appelé le 30 septembre tous les acteurs à « faire preuve de retenue et de responsabilité ». Deux jours plus tôt, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a exhorté les autorités camerounaises « à promouvoir des mesures de réconciliation nationale ».