Les coupures d’internet décidées par les gouvernements africains coûtent cher aux économies nationales

Par Jeune Afrique

La coupure d'Internet dans les zones anglophones du Cameroun dure depuis plusieurs mois. © Antonin Moulart/CC/Flickr

L'organisation internationale Cipesa vient de publier les résultats de son enquête sur les conséquences économiques des coupures internet décidées par les gouvernements africains. L'Éthiopie, la RDC et le Cameroun arrivent en tête du palmarès, avec des dizaines de millions de dollars de manque à gagner.

46 millions de dollars, soit 39 millions d’euros. C’est au minimum ce qu’aurait coûté à la RDC les coupures d’internet, selon les calculs de Cipesa, une organisation de promotion des TIC (Technologies de l’information et de la communication) en Afrique orientale et en Afrique australe.

« Kinshasa a été l’un des premiers gouvernements à mettre en place ces pratiques », note l’organisation basée à Kampala, en Ouganda, qui a rendu publics le 29 septembre les résultats de son étude sur l’impact économique des coupures d’internet en Afrique subsaharienne depuis 2015.

Pour chiffrer les pertes subies par l’économie, l’étude prend en compte les incidences directes de l’arrêt des activités digitales, mais aussi les effets indirects : perte de confiance des investisseurs, coûts supplémentaires pour l’ensemble des entreprises privées de télécommunications…

Quatre-vingt-treize jours consécutifs de black-out au Cameroun

Si la palme revient à l’֤Éthiopie, où les trente-six jours d’interruption totale de tous les réseaux et les sept jours de coupure des réseaux sociaux ont fait perdre 132,1 millions de dollars au pays, il faut également noter les quatre-vingt-treize jours consécutifs de black-out subis par les régions anglophones du Cameroun à compter du 16 janvier, qui auraient occasionné 38,8 millions de dollars de pertes. Le gouvernement espérait ainsi minimiser l’impact de la crise qui secouait alors le nord-ouest et le sud-ouest du pays. Pendant plus de trois mois, population et entreprises locales avaient dû recourir au « système D » pour continuer leurs activités. Il avait fallu attendre le 20 avril pour que le président Paul Biya ordonne le rétablissement des connexions.

Les dernières coupures concernent le Togo, en proie depuis plusieurs semaines à des manifestations de grande ampleur réclamant des réformes politiques et le départ de Faure Gnassingbé. « Le gouvernement n’a pas de contrôle sur les télécommunications, mais des situations sécuritaires peuvent amener à opérer des restrictions sur les télécoms dans tous les pays du monde », avait déclaré début septembre le ministre de la Fonction publique Gilbert Bawara sur une radio privée de Lomé. Dans ce pays, chaque journée de black-out est évaluée à 243 507 dollars par les experts de Cipesa.

« Les déconnections sont plus particulièrement fréquentes en période électorale, lors de manifestations et pendant les périodes d’examen », relève le rapport qui juge que ces pratiques « ne constituent pas une réponse nécessaire et proportionnée aux situations face auxquelles elles sont utilisées » et veut mettre en garde les gouvernements contre les impacts de telles décisions « pour la vie de leurs citoyens, le profit de leurs entreprises, le PIB et la compétitivité de leurs pays ».

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