À Paris, un colloque sur la médiation africaine en Libye tourne au meeting pro-Kadhafi

La rencontre entre Sarraj, Macron et Haftar en France en juillet a également été critiquée pendant le colloque. © Philippe Wojazer/AP/SIPA

Lors d'un événement organisé à Paris pour poser la question cruciale de l'avenir de la Libye, des invités passionnés ont vertement hué l'ancien président français Nicolas Sarkozy et salué la mémoire de l'ancien dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi.

Ce 26 septembre à Paris avait lieu un colloque intitulé « L’Union africaine, un avenir pour la paix en Libye ? », organisé par l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE) et l’Institut Robert Schuman. Ce dernier est présidé par Yamina Benguigui, ex-ministre française déléguée chargée de la Francophonie. Elle est aussi vice-présidente de la fondation Énergies pour l’Afrique, présidée par Jean-Louis Borloo et s’est petit à petit rapprochée du président congolais Denis Sassou-Nguesso. Ce dernier préside aussi au comité de haut niveau de l’Union Africaine (UA) sur la Libye. Rien d’étonnant donc à ce que durant la soirée, à laquelle plus d’une centaine de personnes avaient répondu présent, plusieurs intervenants aient plaidé pour un rôle accru de l’UA dans la résolution de la crise libyenne.

Bien vu à Brazzaville

« Le colloque n’a pas été pensé à Brazzaville mais son annonce a été bien accueillie là-bas, forcément », nous confie un des organisateurs. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Claude Gakosso était d’ailleurs attendu, mais s’est décommandé au dernier moment. Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre de Guinée, bien présent, a insisté sur la légitimité de l’UA pour aider la Libye à se sortir de sa situation, non sans critiquer vertement l’intervention française de 2011. Quant à l’invité le plus en vue, il s’agissait ni plus ni moins d’Ageli Abduslam Breni, actuel président du haut conseil des tribus et villes de Libye, passé par le portefeuille de l’Économie et des finances sous Mouammar Kadhafi et qui vit en exil depuis la révolution. Ce dernier, après s’être désolé que les Français n’écoutent pas la société civile dont il se veut un des représentants, a salué Denis Sassou-Nguesso, ouvert, a-t-il dit, aux suggestions faites en amont du forum inter-libyen de réconciliation nationale prévu à Addis-Abeba en décembre 2017.

Un meeting improvisé

Mais à certains moments, le colloque a tourné à la démonstration de sympathie pour l’ancien dirigeant libyen. « Il est entre les mains de la destinée ! Cessez de l’insulter ! » s’est exclamé un homme largement applaudi par une salle mêlant fonctionnaires d’ambassades africaines et journalistes. Kouyaté a été de son côté acclamé lorsqu’il a rappelé que c’est à Syrte, en Libye, que l’ancienne OUA est devenue l’UA en 1999, et que cette dernière avait, en 1998, bravé l’embargo aérien imposé à la Libye par le Conseil de sécurité de l’ONU. Plusieurs convives ont aussi hué à plusieurs reprises le nom de l’ancien président français Nicolas Sarkozy. Au milieu du brouhaha, quelques-uns se glissaient à l’oreille : « Il faut le juger ! » Même l’initiative française de l’accord de La Celle-Saint-Cloud semble avoir suscité de la méfiance. Des convives ont pointé du doigt une initiative prise sans concertation avec les autres acteurs. La France, comme d’autres pays, donnerait-elle l’impression de jouer cavalier seul en Libye, mettant à mal la crédibilité onusienne et la légitimité d’acteurs pourtant incontournables ? C’est, au-delà des passions exprimées, l’impression qui s’est dégagée de cet événement parisien.

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