GuptaLeaks : pour la Banque centrale sud-africaine, KPMG est « too big to fail »

Par Jeune Afrique

Le richissime homme d'affaires Atul Gupta dans les rues de Johannesburg, en septembre 2010. © AP/SIPA

La banque centrale sud-africaine a appelé les grandes banques de la place à continuer de travailler avec le cabinet d'audit KPMG, éclaboussé par le scandale des GuptaLeaks qui a déjà terrassé l'agence de relation publique britannique Bell Pottinger.

La South African Reserve Bank (SARB) a demandé aux grandes banques du pays de ne pas couper leurs liens avec KPMG, actuellement empêtré dans un scandale impliquant les Guptas, arguant que cela pourrait menacer la stabilité financière du pays, rapporte Reuters.

KPMG a limogée il y a deux semaines plusieurs cadres de l’équipe de direction de sa filiale sud-africaine, après avoir découvert que le travail réalisé par le cabinet d’audit pour le compte d’entreprises appartenant à la famille Gupta était « largement en deçà » de ses standards.

KPMG a annoncé depuis son intention de faire appel à un juriste senior pour conduire une enquête externe afin de déterminer si ses employés en Afrique du Sud se sont rendu complices d’activités illégales ou s’ils ont sciemment produit un rapport mensonger qui a depuis été discrédité – mais qui avait coûté son poste à l’ex-ministre des finances Pravin Gordhan.

Perte de clients

Ce scandale, révélé par les GuptaLeaks, du nom de la fuite de documents concernant la famille Gupta en Afrique du sud, menace la survie même de la division sud-africaine de KPMG, qui a déjà perdu au moins quatre de ses clients.

Pour rappel, les GuptaLeaks ont déjà mené la firme britannique de relation publique Bell Pottinger au bord de l’implosion pour avoir mené une campagne de communication raciste pour le compte d’une entreprise de la famille Gupta.

Plusieurs entreprises importantes, parmi lesquelles Barclays Africa et Nedbank, ont déclaré publiquement qu’elles envisageaient de lâcher le cabinet d’audit mondialement connu. Mais la perspective d’une disparition de l’unité locale de KPMG inquiète la SARB, car le pays ne compte que quatre cabinets ayant assez de ressources pour auditer conjointement les quatre plus grandes banques.

Selon la législation sud-africaine, les quatre plus grandes banques, à savoir Standard Bank, Barclays Africa, Nedbank et FirstRand doivent nommer deux auditeurs conjoints parmi un pool qui comprend  KPMG, Ernst & Young, Deloitte et PricewaterhouseCoopers, quatre cabinets spécialistes de la banque. Les quatre banques susnommées doivent de plus changer de duo d’auditeurs tous les cinq ans.

Or, la SARB estime que la disparition de KPMG compliquerait – voire rendrait impossible – le respect de cette réglementation.

Réactions mitigées des banques

Interrogées par Reuters, Standard Bank et Nedbank ont indiqué attendre les résultats de l’enquête externe commandée par le cabinet d’audit avant de prendre une décision. Barclays Africa a, elle, déclaré qu’elle était encore en train d’examiner ses relations avec KPMG.

Ces trois banques n’ont pas voulu confirmer à Reuters le fait que la SARB leur avait demandé de conserver KPMG comme auditeur. Quant à FirstRand, elle ne travaille pas avec KPMG.

La famille Gupta, qui a bâti un empire économique en Afrique du Sud allant des médias aux mines, est accusée d’utiliser ses relations avec le président Zuma et sa famille pour faire des affaires. Les Guptas et Jacob Zuma ont nié à plusieurs reprises ces accusations.