Présidentielle au Kenya : le parti au pouvoir veut changer la loi électorale, l’opposition s’insurge

Par Jeune Afrique avec AFP

Le président kényan Uhuru Kenyatta lors d'un meeting dans la banlieue de Nairobi, le 5 septembre 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

L'opposition au Kenya a dénoncé jeudi la volonté du parti au pouvoir d'adopter en urgence des amendements à la loi électorale qui entreraient en vigueur avant l'élection présidentielle du 26 octobre organisée après l'annulation par la justice du précédent scrutin.

Le parti kényan au pouvoir, Jubilee, a déposé des amendements à la loi électorale qui devaient être examinés en première lecture jeudi 28 septembre, selon une procédure accélérée qui suscite la colère de l’opposition. Celle-ci a claqué la porte des discussions en cours avec la Commission électorale en vue d’aplanir les différends entre les deux camps et de préparer l’élection présidentielle du 26 octobre suite à l’invalidation, le 1er septembre, par la Cour suprême de la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta face à l’opposant Raila Odinga. La Cour avait cité de nombreuses irrégularités dans la transmission des résultats et estimé que l’élection n’était « ni transparente, ni vérifiable ».

« Nous n’avons d’autre alternative que de quitter cette réunion », a déclaré à la presse l’un des leaders de la coalition d’opposition Nasa, le sénateur James Orengo. « Le fait que les règles du jeu soient modifiées en cours de route est révélateur de l’arrogance de la coalition Jubilee. Ils sont arrivés à un stade où ils pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent et changer ce que bon leur semble, y compris la Constitution par des moyens détournés », a-t-il dénoncé.

Les amendements déposés par Jubilee n’étaient pas encore publics à la mi-journée. Selon le sénateur de l’opposition qui dit en avoir pris connaissance, ils reviennent à rendre légales « les irrégularités et illégalités » soulevées par la Cour suprême dans son jugement. Plusieurs cadres de Jubilee ont balayé ces accusations, expliquant que les amendements visaient seulement à régler les « lacunes » du texte actuel.

Échec de la réunion de conciliation

Des responsables religieux se sont exprimés publiquement pour condamner la démarche du parti au pouvoir. »C’est une voie inacceptable car elle conduira à la mutilation de la Constitution et l’affaiblissement de nos institutions », a ainsi déclaré le chef de l’Eglise anglicane au Kenya, l’archevêque Jackson Ole Sapit.

De son côté, le président de la Commission électorale, Wafula Chebukati, n’a pu que constater l’échec de la réunion de conciliation, précisant toutefois que la commission continuait ses préparatifs. « Nous n’avons pas besoin d’une nouvelle loi », a-t-il ajouté, espérant que les amendements, s’ils étaient adoptés, n’auraient pas d’impact sur les préparatifs en cours.

L’opposition menace de boycotter le scrutin si plusieurs de ses conditions ne sont pas remplies : un remaniement en profondeur de la Commission électorale et de nouveaux fournisseurs pour le matériel électoral et la composante électronique du scrutin. Elle a par ailleurs appelé à des manifestations tous les vendredi et lundi devant le siège de la Commission dans le centre-ville de Nairobi. La première de ces manifestations lundi n’a réuni que 300 partisans de l’opposition environ et a été dispersée par la police à coup de gaz lacrymogènes.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici