Maroc : « BurnOut » ou l’impitoyable Casablanca de Noureddine Lakhmari

Ilyass El Jihani joue dans Burn Out un jeune cireur de chaussures. © Photo : DR / Burnout-lefim.com

Dans son nouveau film, qui sort en salles le 11 octobre, le cinéaste marocain Noureddine Lakhmari décrit une métropole bouillonnante d'espoirs mais théâtre de rapports violents entre classes sociales. C'est le dernier épisode d'une trilogie dont les deux premiers films ont eu un large succès.

BurnOut, le film de Noureddine Lakhmari qui sort dans les salles marocaines ce 11 octobre, est le dernier opus d’une trilogie sans nom, après Casanegra (2008) et Zero (2012). Fil conducteur de cette suite de longs métrages : le cadre se confond avec le sujet. Casablanca, la capitale bouillonnante économique marocaine est au centre de l’attention du réalisateur marocain de 53 ans.

Production italo-maroco-norvégienne tourné en février 2016, le film a coûté environ dix millions de dirhams (900 000 euros). Après un tour dans les salles, il sera disponible sur Icflix, la plate-forme de streaming destinée au Moyen-Orient et à l’Afrique du nord.

Anas El Baz, acteur fétiche

Si Casablanca inspire beaucoup Lakhmari, ce dernier n’en a pas moins d’autres muses. La première d’entre elles… est un homme. Anas El Baz, 33 ans, était le premier rôle de Casanegra. Il campait Karim, beau gosse nerveux, à son aise dans une jungle urbaine dont il maîtrisait les codes mais profondément tourmenté. Absent de Zero, il est de nouveau à l’affiche de BurnOut pour un rôle très différent de celui de Karim, bien que son personnage soit toujours frappé par une angoisse indicible. Casanegra, Zero et BurnOut ont beau former une trilogie, il ne s’agit pas pour autant d’une suite narrative logique.

Au casting, on retrouve aussi la belle Morjana Alaoui, que les spectateurs connaissent surtout pour son rôle dans le célèbre Marock de Laïla Marrakchi, sorti en 2005. Alaoui, premier rôle de cette romance réaliste, plongée dans le monde de la jeunesse dorée marocaine était pour beaucoup au succès du film. Dans BurnOut, elle est galeriste et l’épouse du personnage d’Anas El Baz.

BurnOut est enfin l’occasion pour le public de découvrir Sarah Perles, jeune actrice marocaine qui résidait à l’étranger lorsque Lakhmari a décidé de faire appel à elle pour le rôle d’une jeune médecin. Et le réalisateur est encore ravi : « Je crois que Perles est un des très beaux cadeaux faits au cinéma marocain. Elle a une présence rare et est d’un grand professionnalisme. »

Je montre à quel point la ville happe ses habitants et combien ces derniers sont durs les uns envers les autres

Ceux qui avaient flashé sur le naturel d’Ilyas El Jihani, tout jeune acteur dans L’Orchestre des aveugles de Mohamed Mouftakir (2015), le retrouvent là. Son rôle d’enfant des rues débrouillard mais en danger rappelle franchement Casanegra : Anas El Baz était alors à la tête d’une bande de très jeunes vendeurs de cigarettes.

 

 

Sous l’œil de Lakhmari, Casablanca est certes superbe, mais surtout terrible. Le réalisateur la montre telle qu’elle est : le théâtre de rapports de classes violents. « Là encore, dans BurnOut, je montre à quel point la ville happe ses habitants et combien ces derniers sont durs les uns envers les autres. Je continue à montrer un fait particulièrement frappant et qu’il faut bien montrer, à savoir l’ignorance que les plus riches observent à l’égard des plus modestes. »

Mais Lakhmari voulait clore sa trilogie sur une note tout de même moins sombre : « Contrairement aux deux précédents, dans BurnOut, on aperçoit la mer. Je la filme, et je filme aussi le ciel. J’essaie de marier le fond et la forme et le film se termine sur une note plus positive que dans les deux autres. » La trame reste donc, un peu comme dans ses autres films, une série de rencontres entre des personnages issus de milieux sociaux très hétéroclites.

Abbès Saladi, le peintre qui fascine le réalisateur

Enfin, en plus de la capitale économique du royaume et de ses acteurs, Lakhmari, s’appuie sur l’œuvre du peintre Abbès Saladi. Ce dernier, décédé dans sa quarantaine en 1992 a légué une œuvre tout à fait particulière, vive, colorée et pourtant empreinte d’un certain tourment, puisant dans le surréalisme et l’art naïf. Une de ses toiles, L’Offrande, s’était vendue à un peu plus de cinq millions de dirhams en 2015 lors d’une vente aux enchères organisée en duplex à Paris et Casablanca.

« C’est un peintre majeur et son travail correspond à ce que je cherche à montrer dans le film », explique le cinéaste. La galeriste campée par Alaoui est le personnage de BurnOut par laquelle l’œuvre de Saladi existe à l’écran : la quête d’une toile de l’artiste est un des fils conducteurs du film.

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