Burkina Faso : à quand la fin des écoles sous paillote ?

Le ministre de l'Éducation nationale et de l'Alphabétisation, Jean Martin Coulibaly lors d'une visite dans une école sous paillote à Yibi, le 20 octobre 2016. © DCPM/MENA

Le 2 octobre, de nombreux élèves reprendront le chemin de l’école au Burkina Faso. Pour certains ce sera le retour dans des classes sous abris précaires, dites écoles sous paillote, dont le nombre a augmenté de 9% sur dix ans.

Des hangars de paille soutenus par des poutres en bois, des murets de briques en terre pour les plus chanceux et un tableau soutenu par un chevalet. C’est ce qu’on appelle communément une école sous paillote au Burkina Faso. En 2016, la direction des Études et de la Planification du ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation dénombrait 5 331 salles de classe sous abris précaires sur 59 938 dans le pays. C’est 9% de plus sur dix ans.

Dans un entretien accordé au journal quotidien publique Sidwaya en juin 2017, le ministre de l’Éducation nationale Jean Martin Coulibaly estimait que le taux de natalité élevé (3,1%) constituait un frein à l’éradication du phénomène. « Tant que nous n’aurons pas fait suffisamment d’efforts par rapport à la natalité du pays, je pense qu’il n’est pas raisonnable de penser que nous n’aurons plus jamais de classes sous paillote. Parce que la responsabilité de l’État, c’est de faire en sorte que chaque Burkinabè puisse aller à l’école. Donc il est préférable que l’enfant aille à l’école, même parfois dans des conditions difficiles, que de ne pas y aller. »

La plupart de ces classes ont été ouvertes à la demande des parents dans les zones où les écoles les plus proches se trouvent à des kilomètres du village. Des initiatives qui s’inscrivent dans la politique du gouvernement d’augmenter le taux de scolarisation au primaire, qui était de 86,9% en 2014 selon la Banque mondiale. La scolarité est obligatoire de 10 à 16 ans.

Une fois le nombre d’élèves nécessaire pour ouvrir une classe réuni, l’État affecte un enseignant et fait une dotation gratuite de fournitures scolaires. Mais la construction des hangars revient aux parents. Alors que ces constructions sont censées être provisoires, la mise en place de bâtiments scolaires, elle, s’éternise. Et même les parents motivés au départ finissent par baisser les bras.

C’est le cas dans l’école primaire de Mouyel Mouyel, un village à une dizaine de kilomètres de Dori, dans le nord du Burkina, qui s’achemine vers sa cinquième année d’existence. Hamidou Saliou Dicko y a deux enfants inscrits. Ils doivent passer en CM1 à la rentrée, ce qui nécessite l’ouverture d’une nouvelle classe. « On ne peut pas construire un hangar chaque année », s’indigne-t-il. « En plus nous devons toujours réparer les anciens hangars car lors des saisons pluvieuses, il y a des pans de mur qui tombent. Ce ne sont pas des constructions pérennes. »

« Lorsqu’il pleut ou qu’il y a du vent, nous devons suspendre les cours. »

Dans cette école de trois salles de classe et d’une centaine d’élèves, la rentrée s’annonce périlleuse. Pour faire face au manque d’espace, les classes de CP1 et CP2 seront regroupées en une seule et celles de CE1 et CE2 dans la même afin d’avoir une classe pour le CM1. « Et même dans ce cas, les tables-bancs ne sont pas suffisants et les hangars pas assez grands pour accueillir deux classes », s’inquiète le parent d’élèves.

Difficile donc de parvenir à de bons résultats dans de telles conditions. « On a du mal à finir le programme », regrette un enseignant qui dispense des cours dans une école sous paillote. « On dépend des intempéries. Lorsqu’il pleut ou qu’il y a du vent, nous devons suspendre les cours. Nous avons aussi des problèmes de sécurité. Pendant les périodes de chaleur, des serpents viennent sous les hangars. Le moindre mouvement suspect provoque la panique chez les élèves.

Les disparités entre ruraux et urbains dans l’accès à l’éducation dès l’entrée au primaire sont élevées. Alors que les urbains présentent une probabilité d’accès au CP1 de l’ordre de 85%, ce chiffre n’est que de 57% chez les ruraux avec une proportion faible à achever le primaire et finalement 1% d’entre eux achèvent le secondaire contre 13% chez les urbains.

Nombre de salles de classe sous paillote par région en 2016


Les régions qui comptent le plus d’écoles sous paillote sont celles de l’Est, avec un nombre record de 902 classes, du Sud-Uuest, avec 631 classes, et du Centre-Est, avec 571. C’est à Fada N’Gourma, une ville de l’est du pays, que le Premier ministre Paul Kaba Thiéba avait procédé au lancement de la construction de 160 complexes scolaires pour normaliser les classes sous paillote le 26 mai 2016. Le gouvernement s’est engagé à résorber à l’horizon 2020 toutes les écoles sous paillote qui existaient avant 2015, soit plus de 4 353 classes. Mais un an plus tard, le bilan est mitigé. Seules 142 écoles en matériaux définitifs ont été construites sur une prévision de 160 écoles primaires. Dans le même temps, 445 nouvelles classes sous abris précaires ont été ouvertes.

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