Guinée : Sékouba Konaté visé par une plainte de victimes du massacre du 28 septembre 2009

Par - à Conakry

Sékouba Konaté à Paris, le 7 avril 2010. © Vincent Fournier / Jeune Afrique

À l'occasion de la commémoration des huit ans du massacre du 28 septembre 2009, un groupe de victimes porte plainte contre Sékouba Konaté, ministre de la Défense nationale au moment des faits puis président par intérim de la Transition militaire entre décembre 2009 et décembre 2010.

Après l’arrestation à Dakar de Aboubacar Toumba Diakité, extradé dans la foulée, et l’inculpation de Moussa Dadis Camara, Sékouba Konaté est le seul acteur majeur de la Transition militaire au pouvoir en Guinée entre décembre 2008 et décembre 2010, à être passé entre les mailles de la justice. Son audition « imminente » par le pool de juges chargé d’instruire le dossier du massacre du 28 septembre avait été annoncée en juillet 2015 par le ministre guinéen de la Justice, Cheik Sako. Une déclaration restée depuis lettre morte.

Excédées par cette situation, quatre victimes directes ou proches de victimes ont décidé de passer à la vitesse supérieure, en déposant une plainte contre le général Konaté, mardi 26 septembre, auprès du Tribunal de première instance de Dixinn, juridiction située dans la proche banlieue de Conakry et territorialement compétente en raison de sa proximité à la fois avec le Stade du 28 septembre, lieu de commission du massacre, et le domicile du mis en cause situé au quartier Taouyah. D’autres victimes pourraient se joindre à elles prochainement, mais hésitent encore en raison de débats entre ceux qui font de l’audition de l’ancien président de la Transition une priorité avant la clôture – imminente – de l’instruction et ceux qui souhaitent aller à un procès qui n’a déjà que trop retardé.

Que reproche-t-on à Konaté ?

La plainte, dont Jeune Afrique s’est procuré une copie, est adressée au procureur de la République près dudit tribunal. Dans le document, les victimes précisent avoir « porté plainte contre le général Sékouba Konaté, pour les infractions de responsabilité de commandement des chefs militaires et autres supérieurs hiérarchiques, faits prévus et punis par les articles 194 et suivants et 198 et suivants du code pénal et toutes autres incriminations que les enquêtes révéleront, le tout dans l’affaire des massacres du 28 septembre 2009 et les jours suivants ».

Le 28 septembre 2009, officiellement 157 personnes ont été tuées par balle et 109 femmes violées en plein jour

Les victimes se réservent le droit de réclamer ultérieurement des réparations civiles. L’un des leurs avocats a confirmé à Jeune Afrique le dépôt de la plainte, mais n’a pas souhaité la commenter. Dans un rapport, la Commission d’enquête internationale diligentée par les Nations unies pour faire la lumière sur les circonstances du massacre avait recommandé « une enquête approfondie » sur l’implication présumée de certaines personnes, dont Sékouba Konaté, mentionne la plainte. Une nécessité qui aurait été réitérée par au moins un témoin lors de son passage devant le pool de juges d’instruction, en raison de la configuration du commandement militaire à l’époque des faits.

Pour rappel, le 28 septembre 2009, officiellement 157 personnes ont été tuées par balle, 109 femmes violées en plein jour, d’autres blessées ou portées disparues, parmi des militants et sympathisants politiques réunis au Stade de Conakry pour dire non à la candidature éventuelle de Moussa Dadis Camara, chef de la junte au pouvoir, à la présidentielle de 2010. S’en est suivie une répression sanglante imputée notamment aux bérets rouges de la garde présidentielle. Depuis, les victimes attendent que justice leur soit rendue.

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