Le Cameroun accusé par HRW d’avoir expulsé de force 100 000 réfugiés nigérians depuis 2015

Un jeune réfugié dans le camp de Minawao, dans le nord du Cameroun, en avril 2016. © Andrew Harnik/AP/SIPA

Réputé pour sa politique d’accueil pendant des décennies, le Cameroun expulserait à tour de bras les réfugiés nigérians fuyant les exactions du groupe islamiste Boko Haram. D’après les estimations de Human Rights Watch, au moins 100 000 d’entre eux auraient ainsi été renvoyés de force depuis deux ans. Le ministre de la Communication dénonce « les élucubrations d’une ONG ».

À leur arrivée au Cameroun, les réfugiés nigérians seraient violentés, puis parqués dans des villages et des camps isolés le long de la frontière. Un procédé qui permettrait aux autorités camerounaises de les soustraire à la protection du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), avant de les renvoyer vers le Nigeria. « Ces retours forcés constituent une violation du principe de non-refoulement, que doit appliquer le Cameroun selon des lois nationales et internationales », estime l’organisation de défense des droits de l’homme.

Détaillée dans ce rapport de 60 pages, cette politique d’expulsions s’accompagnerait également de nombreux abus commis par les soldats camerounais. Violences, extorsions et exploitation sexuelle seraient ainsi monnaie courante dans les villages frontaliers, où les militaires frapperaient les réfugiés à coup de barre de fer pour les forcer à monter dans les camions en direction du Nigeria. « Beaucoup ont dit qu’ils ont vu d’autres expulsés, dont des enfants, mourir lors de leur expulsion », affirme le rapport.

Des réfugiés passés à tabac ?

Autre théâtre d’exactions pointé du doigt par l’ONG : l’unique camp de réfugiés du pays, situé à Minawao, où s’entassent dans des conditions décrites comme épouvantables plusieurs dizaines de milliers de personnes. Lors d’une distribution de nourriture en 2015, des témoins rapportent le passage à tabac de vingt réfugiés, « tellement violentés qu’ils sont morts des suites de leurs blessures ». Un autre évoque également la mort de son frère : « Ils l’ont tellement frappé à la tête et au torse avec un bâton qu’il est mort d’une hémorragie interne plus tard ». « Ils nous humiliaient comme des animaux et nous battaient comme si nous étions des animaux », affirme-t-il.

Des violences gratuites, motivées selon HRW par la multiplication au cours des dernières années des raids meurtriers de Boko Haram dans la région camerounaise de l’Extrême-Nord. D’après le rapport, le gouvernement souhaite ainsi « punir les réfugiés nigérians uniquement à cause de leur nationalité, pour les attaques de Boko Haram menées au nord du Cameroun et pour décourager les Nigérians de demander l’asile dans le pays ».

« Un préjudice à l’honneur du Cameroun »

En avril dernier, le HCR avait également dénoncé le rapatriement de force de 2 600 réfugiés depuis le début de l’année, alors qu’un accord signé un mois plus tôt entre le Nigeria et le Cameroun promettait de respecter leur retour volontaire. Interrogé par Jeune Afrique, le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary avait vivement réagi à ces déclarations du HCR, estimant qu’elles représentaient « un préjudice énorme fait à l’honneur du Cameroun ». Comme preuve de l’hospitalité de son pays, il avait alors fait parvenir des photos de réfugiés nigérians pris en charge par des militaires camerounais.

Cette fois-ci, à nouveau contacté par J.A., il dénonce « les élucubrations d’une ONG, avec sans doute un agenda caché », ajoutant s’être « entretenu avec le ministre de l’Administration territoriale et le gouverneur de l’Extrême-Nord, qui ne sont absolument pas au courant » des faits en question.

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