L’école algérienne est victime des wahhabistes

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Ahmed Tessa est pédagogue, auteur de "L’impossible éradication : l’enseignement du français en Algérie".

Dans une école primaire en Algérie, en 2012. © Magharebia/CC/flickr

Depuis la deuxième moitié des années 1970, les orientations et les finalités imposées à l’école algérienne ont amené cette dernière à être prise en étau entre deux idéologies rétrogrades.

D’un côté, un nationalisme chauvin enveloppé dans un panarabisme linguistique oppressif et de l’autre, l’idéologie wahhabiste hypocritement abritée derrière l’islam, l’une se nourrissant de l’autre. La première – le panarabisme linguistique, la langue n’étant que le prétexte – servira de fusée porteuse au wahhabisme. En réalité, c’est dès la première rentrée d’octobre 1962 que se mettaient en place les prémices d’une mise sous tutelle idéologique de l’école algérienne.

Le bon peuple était alléché par un mirage que le pouvoir politique lui faisait miroiter dès juillet 1962, avec la fameuse profession de foi de celui qui allait devenir le premier président de la République, feu Ahmed Ben Bella. « Nous sommes arabes, nous sommes arabes, nous sommes arabes ! » s’écria-t-il sur le tarmac de l’aéroport d’Alger à sa libération des geôles françaises. 

Les pédagogues officiels ont mélangé arabisation et wahhabisation

La réhabilitation de la langue arabe était légitime pour un peuple spolié de son identité pendant 130 années. Pur mensonge et piège fatal pour la société algérienne. Timidement d’abord, jusqu’à la fin des années 1970, puis à l’excès depuis 1980, les pédagogues officiels ont mélangé arabisation et « wahhabisation », arabisation et « dé-francisation », arabisation et endoctrinement/embrigadement.

L’esprit critique pénalisé

Au service de ce processus éducatif néfaste, sera mise en place une pédagogie appropriée qui fera de la langue arabe une victime : elle sera mal enseignée, jusqu’à ce jour. En effet, le tandem parcoeurisme par l’élève/ bachotage par l’enseignant sera d’une efficacité redoutable dans l’enracinement de la norme et du référent wahhabiste dans l’esprit et le cœur de millions d’Algériens. Chez l’élève, une telle approche pédagogique étouffe les capacités intellectuelles supérieures telles que l’esprit d’analyse, de synthèse, l’esprit critique, voire le sens esthétique.

Des générations d’élèves engloutiront des textes pédagogiques baignés soit d’idéologie, soit de religion

Les sciences, les langues étrangères, l’éducation physique et sportive (EPS) et les arts (musique, théâtre, peinture…) ont été mis en minorité. Les contenus des programmes et surtout des manuels épouseront les contours de cette idéologie importée. Aucune référence à l’identité culturelle algérienne et à l’histoire millénaire, dont la dimension amazigh sera marginalisée au profit du monde moyen-oriental.

Les trésors de la langue arabe avec ses illustres poètes, écrivains et dramaturges sont ignorés. Exit aussi les écrivains algériens en langue arabe, et ce pour incompatibilité cultuelle ou culturelles. Des générations d’élèves engloutiront des textes pédagogiques baignés soit d’idéologie, soit de religion.

Les wahhabistes algériens montent au créneau pour maintenir leurs symboles

L’enjeu de la modernisation de l’école

En éducation, c’est le long terme qui prime. Ainsi, à l’orée de ce troisième millénaire, le résultat est là dans toute sa nudité : une société algérienne gangrenée par l’excès de bigoterie wahhabiste érigée en mode de vie ostentatoire quasi-institutionnalisé. Comment parler d’un  projet de société fédérateur – mariage de la modernité et de l’authenticité –  auprès de militants chauffés à blanc par une idéologie sectaire, le wahhabisme ?

C’est tout l’enjeu des efforts de modernisation de l’école algérienne entrepris ces dernières années. Cela, les wahhabistes algériens l’ont compris. Ils montent au créneau avec véhémence pour maintenir leurs symboles que sont la bismalla (Au nom d’Allah, formule d’introduction dans le Coran), le niqab, le quamis (tunique islamique masculine) et l’idéologisation des contenus.

Dans leur combat existentiel, ils sont aidés par une force de frappe non négligeable : des partis politiques et des médias acquis à leur idéal de société. Ils ont compris cette vérité élémentaire : l’école contribue, pour l’essentiel, à la construction/reproduction d’une société.

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