Congo : Annette Kouamba Matondo, caméra au poing

Par Jeune Afrique

Annette Kouamba Matondo est rédactrice en chef du journal "La Nouvelle République". © Baudouin Mouanda pour J.A.

Déterminée et combattante, cette femme de culture installée à Brazzaville explore la société congolaise dans des courts-métrages engagés.

Épanouie. Malgré les guerres passées et les épreuves de la vie. À 41 ans, Annette Kouamba Matondo, rédactrice en chef à La Nouvelle République, un journal de Brazzaville, est une battante. Son engagement, elle a choisi de l’exprimer à travers les images en 2010 lorsqu’elle réalise son premier court-métrage, On n’oublie pas, on pardonne. Un documentaire de 26 minutes qui évoque la nécessité d’écrire.

Pour ne pas oublier. Pour se souvenir de la souffrance des familles des disparus du Beach. Plus de 350 réfugiés n’ont plus donné aucun signe de vie depuis leur retour au pays et leur passage, en mai 1999, au port fluvial de Brazzaville. Les assassins présumés ont été acquittés lors d’un procès, et les familles attendent toujours des réponses…

La culture très présente dans sa vie

On n’oublie pas, on pardonne a été projeté au Burkina (compétition officielle Fespaco en 2011), en France, en Égypte et à l’Institut français du Congo, à Brazza. "Les familles ont applaudi. Pouvoir parler de leurs disparus a représenté une thérapie pour eux", observe-t-elle très émue. La douleur de perdre un être cher, Annette Kouamba Matondo connaît, elle aussi… "Une de mes soeurs, Jeannette, est morte en 1998, pendant la guerre. Réaliser ce premier film a réveillé cette douleur enfouie en moi. Cela m’a aussi permis de faire son deuil."

Célibataire, Annette a adopté Marinette, la fille de Jeannette. Avec du recul, elle se dit que les conflits, ont, très étrangement, aussi eu leurs bons côtés : "Nous n’avons pas vu la guerre passer… Mon oncle avait une bibliothèque. Mes soeurs et moi passions notre temps à lire. On oubliait les mauvaises nouvelles, on s’évadait." La culture a toujours été très présente dans sa vie, notamment depuis une soirée mémorable de l’année 1986, lorsque la petite Annette découvre Carmen en Allemagne.

"Mes soeurs et moi trouvions ringard d’aller à l’opéra ! Mon père, attaché militaire dans ce pays, a insisté. J’ai été si impressionnée par les voix… Depuis ce jour, je suis attirée par le théâtre, la peinture, les musées…" Un virus qui coule toujours dans ses veines à son retour au Congo-Brazzaville en 1990. "Pendant des années, j’ai collectionné des statuettes, reproductions de belles et majestueuses reines égyptiennes. Ma préférée était Néfertiti, pour sa bravoure. Mais, pendant la guerre de 1993, tout a été pillé…"

Censure et autocensure des journalistes

Son père (aujourd’hui décédé) lui aura également transmis le goût de l’indépendance. "Il nous disait toujours, à mes soeurs et à moi : "Votre premier mari, c’est votre salaire, votre travail. Ne comptez que sur vous-même !" Il serait fier de moi aujourd’hui !" Il est vrai qu’Annette Kouamba Matondo a toujours persévéré. De quoi avons-nous peur ? (2010), son deuxième court-métrage, sur la censure et l’autocensure des journalistes, montre comment dépasser ses peurs grâce au théâtre.

Et elle espère pouvoir bientôt diffuser son troisième film (Au-delà de la souffrance, 52 min) sur les proches des victimes des explosions du dépôt de munitions de Mpila (quartier est de Brazzaville) le 4 mars 2012. Trois producteurs recherchent actuellement des financements dans ce but.

"S’il le faut, je demanderai à des amis de se cotiser avec moi pour que le film soit diffusé. C’est important de donner de l’espoir et le courage de se battre aux Congolais, en montrant comment certains se reconstruisent !" assure-t-elle. Le courage… À l’image de ces femmes qui, dans les carrières de la capitale, cassent des pierres en plein soleil à longueur de journée, avec parfois un nourrisson au dos… Sans doute le sujet de son prochain documentaire. Tant Annette se sent proche de leur "détermination".