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En Côte d’Ivoire, Ponso, le dernier survivant de l’île aux chimpanzés

Par AFP

Un chimpanzé dans un zoo en République tchèque, en décembre 2016. © Miroslav Chaloupka/AP/SIPA

Wooo ! Wooo ! Un cri strident déchire le ciel : Ponso est l'unique rescapé d'une colonie de 20 chimpanzés sur une minuscule île en Côte d'Ivoire. Ses camarades sont tous morts, mystérieusement, et une campagne de mobilisation est en cours pour assurer sa survie.

« L’île aux chimpanzés » dans le village de Grand-Lahou, à une centaine de kilomètres d’Abidjan, est un bout de forêt tropicale dans l’estuaire du fleuve Bandaman. Elle a abrité il y a plus de 30 ans une vingtaine de ces grands singes, utilisés dans des expérimentations médicales sur le cancer.

« Ponso est le seul survivant d’un groupe de 20 chimpanzés transférés en 1983 par [le laboratoire] Vilab-Liberia en Côte d’Ivoire. Depuis août 2015, l’association les ‘Amis de Ponso’ paye pour sa nourriture et son soigneur Germain », lit-on sur une pancarte en bois près du débarcadère, renvoyant à une page Facebook (sos.ponso.org).

Le drame de Ponso

Tous les matins, pieds-nus, Germain Djénémaya Koidja, un retraité de 60 ans, les bras chargés de nourriture et de médicaments, se fraie un passage à travers des nénuphars sur une embarcation de fortune pour se rendre sur l’ilot où vit Ponso, à quelques mètres du continent.

Le chimpanzé l’accueille par des cris et des acrobaties, sautant de branche en branche.

En 2015, ce grand singe d’un mètre de haut a vécu un drame : sa compagne et ses deux enfants sont morts de manière mystérieuse, raconte M. Koidja. Depuis, l’animal vit seul.

« Ponso est comme mon enfant. Je ne souhaite pas le voir partir. Je lance un appel pour qu’on me renvoie une autre femelle », plaide Germain, dont la famille est spécialiste des primates, depuis son père jusqu’à son fils de 21 ans.

Création d’un comité de sauvegarde

La petite communauté villageoise mitoyenne de l’île est elle aussi déterminée à « sauver le dernier chimpanzé, qui fait désormais partie de la famille ».

La solitude de Ponso a aussi marqué la Franco-américaine Françoise Stephenson, propriétaire d’un établissement hôtelier à Lahou. Elle a pris la tête d’un comité de sauvegarde.

« J’ai accepté un rôle d’intermédiaire entre des bienfaiteurs et Germain, son guide », explique Mme Stephenson, qui connait aussi très bien Ponso.

« Lors de ma dernière visite, nous avons échangé des bises, des accolades, il a mis ses ongles dans mes oreilles, dans mon nez… J’ai quitté l’île avec l’impression que je descendais d’une autre planète », témoigne cette blonde sexagénaire.

L’hécatombe des chimpanzés

Le sort de Ponso préoccupe également la toute nouvelle Société africaine de primatologie (SAP), qui entend lutter contre la situation catastrophique des primates. La population du chimpanzé a chuté de 90 % en deux décennies en Côte d’Ivoire. Plus de la moitié des espèces africaines sont menacées de disparition. Et à Madagascar, ce sont 85 % des espèces de lémuriens qui risquent de disparaître.

« L’histoire de Ponso est assez touchante », affirme le président de la SAP, l’Ivoirien Inza Koné, directeur au Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d’Ivoire (CSRS).

« Un projet de transfèrement vers un sanctuaire en Zambie avait été envisagé par des ONG pour briser sa solitude. Mais il a essuyé un refus des autorités ivoiriennes, qui ont argué que Ponso était un citoyen ivoirien pas transférable », explique Dr. Koné.

Braconnage, déforestation…

La situation de Ponso apparaît comme un cas d’école pour les primatologues africains confrontés au braconnage des chimpanzés et à la déforestation et qui peinent à trouver des ressources pour la sauvegarde de ces animaux.

« D’un point de vue scientifique voire éthique, il est clair qu’il faut sortir Ponso de cette situation d’isolement le plus tôt possible. Il y a deux façons : lui trouver de la compagnie ou le transporter ailleurs », souligne M. Koné.

Certains spécialistes sont peu convaincus par la viabilité d’un repeuplement de l’île avec de nouveaux-venus, s’inquiétant des décès en série survenus depuis 20 ans au sein de la colonie.

Un sanctuaire pour chimpanzés ? 

L’autre camp plaide pour une prise en charge renforcée de Ponso à Grand-Lahou, estimant qu’un transfèrement enverrait un mauvais signal, celui que la Côte d’Ivoire est incapable de protéger les dernières populations de primates vivant dans la forêt tropicale, alors que leur valeur écologique est incontestable.

« Ces grands singes sont nos cousins, dont nous partageons 80 % des gènes. Une famille vit dans un territoire très large (25 km2) et peut parcourir 15 kilomètres par jour. Tout au long de son parcours, un chimpanzé mange, laisse des déchets et des graines, qui poussent et reverdissent l’espace », souligne le Pr Bassirou Bonfoh, chercheur et directeur général du CSRS.

La création d’un sanctuaire pour chimpanzés apparaît comme la solution la plus sensée, estime-t-il.

L’indispensable soutien du pouvoir politique

Un tel lieu pourrait « reproduire le cadre de vie naturel de l’animal et lui permettre d’être en contact avec ses congénères », renchérit Inza Koné.

Certains primatologues africains semblent prêts à appuyer un projet de type, mais soulignent qu’il ne peut se faire sans soutien du pouvoir politique.

« Il faut souhaiter que les efforts pour le mettre en place aboutissent avant qu’il ne soit trop tard » pour Ponso, relève Dr. Koné.