Guinée : à Kolaboui, près de Boké, les émeutiers mettent le feu à des bâtiments publics

Par Jeune Afrique avec AFP

Des forces de police dans les rues de Conakry, en Guinée, le 13 avril 2015. © Youssouf Bah/AP/SIPA

Des centaines de jeunes ont incendié jeudi des bâtiments publics dans la ville de Kolaboui près de Boké, pour protester contre l’absence d’eau et d’électricité. Depuis dix jours des manifestations violentes se succèdent dans la région.

Tous les « édifices publics, dont les bureaux de la sous-préfecture, la mairie, le poste de gendarmerie et la résidence du sous-préfet, sont partis en fumée », a déclaré à l’AFP l’adjudant de police Mamadi Mansaré. « Depuis 07H du matin, Kolaboui est en ébullition, a raconté Alphadio Barry, un chauffeur dont le camion est bloqué sur place depuis deux jours. Les jeunes armés de gourdins et de bâtons, certains de bidons d’essence, pillent, brûlent et même cassent tout sur leur passage. »

Un important nœud de communication

Située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Boké, Kolaboui est un important nœud de communication pour cette région minière, qui abrite l’une des plus grandes réserves de bauxite du monde. C’est aussi un lieu de transit pour se rendre dans le nord-ouest de la Guinée, en Gambie ou encore au Sénégal. Une position stratégique mise à profit par les manifestants, qui ont bloqué le carrefour routier et dressé des obstacles sur les voies de chemin de fer, empêchant ainsi la circulation des convois de la Compagnie des Bauxites de Guinée et du consortium guinéo-chinois Société minière de Boké-Winning Africa Port (SMB-WAP).

Dans un communiqué, le gouvernement s’est dit jeudi soir « consterné » par les « atteintes graves à la sécurité des personnes et de leurs biens » et par les « attaques d’une rare violence des symboles et représentants de l’Etat » dans la région de Boké. Il a notamment déploré des « attaques contre le personnel et les infrastructures de santé » et contre le « personnel et les infrastructures des forces de défense et de sécurité », ainsi que des « destructions d’édifices publics et incendies d’infrastructures socio-économiques de base ».

« La généralisation de la violence »

Outre des attaques contre des sociétés privées, la région a été le théâtre « d’entraves à la circulation sur les voies publiques » et de « tentatives de déboulonnage des rails des trains minéraliers ». Le gouvernement a aussi dénoncé des « tentatives de sabotage des installations de fourniture d’eau potable », « l’empêchement des camions-citernes de ravitailler les centrales thermiques » et, plus largement, la « généralisation de la violence occasionnant des pertes en vies humaines et mettant en danger les paisibles populations locales et expatriées ».

En l’espace de dix jours, les manifestations ont déjà fait au moins deux morts et des dizaines de blessés. Des violences dont l’origine remonte à une panne survenue début septembre, qui a coupé l’accès à l’électricité dans la ville. Les manifestants réclament également un raccordement à l’eau et des emplois plus nombreux.