Ouganda : manifestations étudiantes contre une réforme de la Constitution sur mesure pour Museveni

Par Jeune Afrique avec AFP

En Ouganda, un manifestant opposé à la suppression de l'âge limite du président est arrêté par la police à Kampala, le 21 septembre 2017. © Ronald Kabuubi/AP/SIPA

Des centaines d’étudiants ougandais ont bravé jeudi l’interdiction de la police pour manifester contre la possible suppression de la limite d’âge pour être élu président. Une disposition qui permettrait à l’actuel chef de l’État, Yoweri Museveni, de se représenter en 2021.

« Ne la touchez pas ! », scandaient en langue luganda des centaines d’étudiants de l’université Makerere, la plus grande du pays, en référence à la limite d’âge inscrite dans la Constitution. Ils ont été violemment dispersés par des salves lacrymogènes tirés par des officiers armés, qui ont obligé les étudiants à se réfugier dans les halls de leurs résidences.

Les forces de l’ordre ont poursuivi les étudiants, avant d’arrêter certains d’entre eux. Des opposants politiques ont également été interpellés jeudi, notamment le chef de l’opposition Kizza Besigye, battu quatre fois à la présidentielle par Yoweri Museveni.

« La mort de notre pays »

Des petites manifestations ont également eu lieu ailleurs dans le pays. À Lira, dans le nord, des manifestants ont placé au milieu d’un carrefour un faux cercueil sur lequel on pouvait lire : « La suppression de la limite d’âge présidentiel est la mort de notre pays ».

Dans le même temps, un député du parti au pouvoir, Raphael Magyezi, devait remettre une motion au Parlement jeudi, première étape vers l’adoption d’un amendement constitutionnel supprimant la limite d’âge présidentiel. Toutefois, à la mi-journée, la motion n’avait pas été ajoutée à l’ordre du jour du Parlement.

Malgré des interrogations sur son âge, Yoweri Museveni a affirmé qu’il avait 73 ans, ce qui lui interdit de se présenter en 2021 pour un sixième mandat consécutif. En effet, la Constitution actuelle impose aux candidats à la présidentielle d’être âgés entre 35 et 75 ans.

Le précédent de 2005

Ce ne serait pas la première fois que le pouvoir modifie la Constitution pour permettre à Yoweri Museveni de se maintenir à la tête du pays. En 2005, le Parlement avait déjà adopté un amendement pour supprimer la limitation à deux mandats présidentiels, permettant ainsi au chef de l’État de se présenter pour un troisième, quatrième et cinquième mandat.

Mercredi, la police a investi les locaux de la branche locale de l’ONG Action Aid, qui avait émis des critiques au sujet de la modification de la Constitution sur la limite d’âge.

L’ambassadrice américaine en Ouganda, Deborah Malac, a affirmé jeudi être « profondément préoccupée » par la situation. « Nous appelons le gouvernement ougandais à garantir à tous ses citoyens la liberté de parole, d’expression et de rassemblement, sans crainte d’intimidation », a-t-elle déclaré.

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