Kenya : la Cour suprême accable la Commission électorale pour sa gestion du scrutin du 8 août

Par Jeune Afrique avec AFP

Les juges de la Cour suprême kényane, le 1er septembre 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

La Cour suprême kényane a détaillé mercredi matin les raisons de l’invalidation du scrutin du 8 août, en évoquant « des révélations perturbantes, voire saisissantes ».

Trois semaines après sa décision surprise d’invalider les résultats de l’élection présidentielle, le jugement complet de la Cour suprême était très attendu. Pendant plusieurs heures, la vice-présidente de l’institution, Philomena Mwilu, a décrit mercredi matin « des révélations perturbantes, voire saisissantes » sur la manière dont la Commission électorale (IEBC) a mené les élections.

« L’authenticité douteuse » des procès-verbaux

Parmi les griefs recensés à l’encontre de l’IEBC : la proclamation de la victoire de Uhuru Kenyatta avec 54,27 % des voix sur la foi de procès-verbaux émanant des circonscriptions électorales et « dont l’authenticité était parfois douteuse », sans avoir vérifié l’ensemble des PV des bureaux de vote.

Autre reproche : le refus de l’IEBC d’obtempérer à l’injonction de la Cour, qui réclamait l’accès à ses serveurs pour vérifier des accusations de piratage – affectant la transmission des résultats – formulées dans la plainte de l’opposition. « Notre ordonnance était une opportunité en or pour l’IEBC de présenter devant la Cour des preuves pour discréditer les affirmations du plaignant », l’opposant Raila Odinga, a déclaré la juge Mwilu.

L’IEBC avait justifié par un réseau internet limité le retard, voire l’absence, de nombreux procès-verbaux de bureaux de vote issus de zones reculées. La Cour suprême a rétorqué mercredi que l’IEBC aurait dû mettre en place « des systèmes de transmission alternatifs ».

« L’IEBC a outrageusement désobéi »

« Si l’IEBC n’avait rien à cacher, elle aurait volontiers fourni l’accès à ses serveurs informatiques et à l’historique de ses opérations, a-t-elle ajouté. Mais qu’a fait l’IEBC ? Elle a outrageusement désobéi à la Cour vis-à-vis de cette question cruciale. »

Les juges ont également noté l’absence de marques d’authentification ou de signatures d’assesseurs sur de nombreux procès-verbaux finalement publiés par l’IEBC après la proclamation des résultats, le 11 août. « S’il s’agissait de faux, qui les a introduits dans le système ? Et s’ils étaient authentiques, pourquoi étaient-ils différents des autres ? », a interrogé le président de la Cour suprême, David Maraga.

L’IEBC sera-t-elle en mesure d’organiser un second scrutin dans les temps ?

La Cour n’a d’autre choix que de conclure que « le système informatique a été infiltré et compromis, et que les informations s’y trouvant ont été modifiées, ou que des responsables de l’IEBC eux-mêmes ont modifié ces informations, ou que l’IEBC a gâché le système de transmission (des résultats) et n’a pas été en mesure de vérifier les informations ».

La Commission électorale a fixé au 17 octobre la date de la nouvelle présidentielle. Un délai très court, au vu des nombreux désaccords entre les différents acteurs sur la marche à suivre, qui laisse planer le doute sur la capacité de l’IEBC à organiser ce scrutin à temps.

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