Togo – Payadowa Boukpessi : « Sur quelle base Faure Gnassingbé devrait-il partir ? »

Par - envoyé spécial à Lomé

Le président togolais Faure Gnassingbé, à Lomé, le 25 avril 2015. © Erick Kaglan/AP/SIPA

Selon Payadowa Boukpessi, ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, les opposants qui invoquent la Constitution de 1992 pour rejeter une éventuelle nouvelle candidature de Faure Gnassingbé à la présidentielle en 2020 se livrent à "un faux procès".

Jeune Afrique : À quelques heures de marches éclatées de l’opposition, diriez-vous que la situation est grave au Togo ?

Payadowa Boukpessi : Le gouvernement, dans son ensemble, prend au sérieux la situation. À partir du moment où il y a des manifestations qui perturbent certaines activités publiques et privées, il a le devoir de prendre la mesure de la situation, dans l’intérêt de la population.

Tandis que certains opposants réclament un retour à la Constitution de 1992, d’autres voix s’élèvent pour exiger le départ pur et simple du président Faure Gnassingbé. Comment vivez-vous cette ambiance ?

Nous nous posons des questions. Le président de la République a été élu en 2015, face à un candidat de l’opposition soutenu par une coalition de plusieurs partis politiques. Le scrutin, supervisé par des observateurs nationaux et internationaux, a été jugé globalement crédible et transparent. Les élections ont eu lieu sur la base d’une Constitution en vigueur et acceptée par l’opposition. Et le président Faure Gnassingbé a été réélu en réalisant son meilleur score depuis son arrivée au pouvoir en 2005. Nous disons unanimement qu’il est important d’opérer des réformes pour mieux enraciner notre démocratie, mais dès lors qu’au lieu du jeu démocratique des élections, des gens commencent à dire qu’il faut que le Président parte, cela soulève des questions. Sur quelle base un président élu pour cinq ans et dont le mandat court jusqu’en 2020 devrait-il partir ?

Certains opposants vous répondront qu’il devrait partir sur la base de la Constitution de 1992 qui précise qu’ « en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats », et qui a été amendée en 2002 par l’ancien président Gnassingbé Eyadéma, qui a supprimé cette disposition.

Je vais les prendre au mot. Il y a une jurisprudence qui existe. En 1993, en dépit de la Constitution qui avait été adoptée un an plus tôt, le président Gnassingbé Eyadéma a été admis à se présenter à la présidentielle, alors qu’il avait déjà à son compteur plus de deux mandats, et cela faisait vingt-huit ans qu’il était au pouvoir. Il est allé aux élections en 1993 et en 1998. Il est clair que c’est un faux procès.

Si les opposants sont convaincus que le président de la République est vomi par le peuple, alors il leur sera facile de le battre dans les urnes, dans trois ans

Ces personnes veulent une Constitution qui soit dirigée contre une personne, alors qu’une loi doit être impersonnelle et générale. Certains se disent que c’est maintenant ou jamais, mais le Togo c’est pour l’éternité. On ne peut pas rédiger une Constitution qui exclut, cela ne se voit plus dans le monde. Ce n’est pas possible. Il y a un mandat en cours et la démocratie dont nous nous proclamons tous les hérauts exige qu’un mandat présidentiel aille à son terme. En 2020, chaque parti présentera son candidat et nul ne peut, à trois ans de cette échéance, présager que tel sera le candidat de tel parti et donc qu’il faille que le potentiel candidat de tel parti soit exclu dès maintenant. Cela n’a aucun sens démocratique. Si les opposants sont convaincus que le président de la République est vomi par le peuple, alors il leur sera facile de le battre dans les urnes, dans trois ans.

Les discussions à l’Assemblée nationale semblent bloquées. Qu’allez-vous faire ?

Pour l’instant les réformes sont à l’Assemblée nationale, la balle est dans le camp des parlementaires. Les pouvoirs sont séparés. Le pouvoir exécutif a déposé le projet de réforme entre les mains du pouvoir législatif. La Constitution est claire, il faut 4/5ème des députés pour apporter un amendement à la Constitution. Or Unir (Union pour la République, parti présidentiel, NDLR), notre parti, ne dispose pas de cette majorité. Les débats vont donc se poursuivre. En attendant, j’insiste sur la nécessité pour les Togolais de préserver la paix.

On ne consolide pas la paix dans un pays en jouant sur le communautarisme ou sur la fibre religieuse

En effet, nous assistons depuis quelques semaines à l’introduction de discours politiques d’un genre nouveau tendant à instrumentaliser la fibre religieuse et à jouer sur le communautarisme. Il y a des musulmans et des chrétiens dans tous les partis politiques, tout comme tous les groupes ethniques sont libres de militer dans toutes les formations politiques de leur choix. C’est avec un pincement au cœur que nous entendons certains discours. On ne consolide pas la paix dans un pays en jouant sur le communautarisme ou sur la fibre religieuse, c’est dangereux.