L’argent des Africains : Denis, employé d’assurance au Burkina Faso – 184 euros par mois

Assurances-vie, automobiles, habitations, voyages à l’étranger… Denis est un commercial touche-à-tout. © DR

Denis a 31 ans. Il travaille comme employé d'assurance à Ouagadougou depuis 2012. Pour ce nouveau numéro de notre série l'argent des Africains, il a accepté de nous ouvrir son portefeuille.

Il est à peine 5h30 du matin lorsque Denis se rend, comme tous les matins, à la messe dans l’église Saint-Pierre de Gounghin, à Ouagadougou. Une halte spirituelle nécessaire à ses yeux pour bien débuter la journée. « J’ai l’impression que c’est le bon Dieu qui m’offre la force de tenir », explique-t-il de sa voix lente et calme. Quelques minutes seulement après l’office, le voilà déjà à son poste de travail, prêt à vendre ses contrats d’assurance jusqu’à 18h.

Assurances-vie, automobiles, habitations, voyages à l’étranger… Denis est un commercial touche-à-tout, sous la direction d’un patron dont la société dépend elle-même d’une grosse compagnie d’assurances. À chaque fin de mois, cette dernière comptabilise les contrats vendus par Denis et lui reverse l’équivalent de 10% de la somme totale. Un travail stressant, qui nécessite de multiplier les ventes pour assurer un revenu confortable.

Loyer : 30 euros

Payé en moyenne 120 000 francs CFA (soit 184 euros) par mois, Denis a parfois l’impression de ne pas être rémunéré à la hauteur de son labeur. « Je travaille plus que je gagne, résume-t-il à sa manière. Mais le salaire de mon épouse, qui est professeur de français dans un lycée, nous permet de joindre les deux bouts. » Parmi les dépenses importantes, Denis doit débourser chaque mois 30 euros pour le loyer de sa maison dans le quartier de Campui, ainsi que 46 euros pour la nourriture. L’eau et l’électricité lui reviennent à 14 euros en moyenne.

On doit comprendre la personne en face de nous, évaluer ses besoins et lui venir en aide. C’est excitant !

Parfois, Denis doit payer de sa propre poche la prime d’assurance de ses clients, qui n’ont pas toujours les moyens de payer sur le moment. « J’avance la somme pour ne pas perdre le bénéfice d’un contrat – ça me coûte environ 46 euros chaque mois -, mais je dois souvent attendre plusieurs semaines avant qu’on me rembourse », déplore-t-il. Des petits inconvénients contrebalancés par son goût pour la relation clientèle : « On doit comprendre la personne en face de nous, évaluer ses besoins et lui venir en aide. C’est excitant ! »

Après sa journée de labeur, le jeune homme enchaîne certains soirs avec des cours destinés à approfondir ses connaissances dans le domaine des assurances. Faute d’argent il avait dû, quelques années plus tôt, stopper net son cursus à l’université en économie et gestion. « J’ai des regrets, explique Denis. C’est pourquoi je suis des cours pour me perfectionner et, un jour, monter ma propre agence. » Une nécessité selon lui, car son salaire ne lui permet pas de préparer correctement sa retraite ou de bénéficier d’une bonne couverture maladie.

Épargne : 37 euros

En cas de pépin ou d’imprévu, il met de côté environ 37 euros chaque mois. Une épargne qui sera bienvenue pour assurer les frais liés au prochain nouveau venu dans la famille. « Ma femme est enceinte », précise Denis, qui s’occupe déjà du fils de son frère, resté au village.

Besogneux, Denis n’en oublie pas de prendre du bon temps, en allant de temps en temps au restaurant avec son épouse ou en assistant à des matchs de football – « ma grande passion ! » Des petits plaisirs qui lui coûtent chaque mois environ 11 euros. Après la messe du dimanche, il ne manque jamais aussi de retrouver sa famille ou des amis pour faire ripaille. Un moment de détente privilégié avant de reprendre le travail le lendemain.

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