Start-up de la semaine : Optimetriks, la collecte de données pour mieux piloter la distribution des entreprises

Un utilisateur d'Optimetriks prend des photos chez un commerçant à l'aide de son smartphone. © DR

Installée à Nairobi et Paris, Optimetriks entend fournir aux entreprises des données de qualité, pour les aider à affiner leur stratégie commerciale. Une prestation qui repose sur un modèle original de crowdsourcing par mobile.

Sur le continent africain, jusqu’à 90 % de la distribution relève du secteur informel ou traditionnel, estime le Bureau international du travail. Résultat : les entreprises dans le secteur de la grande consommation peinent à disposer de données fiables, qui leur permettraient de mieux définir leur stratégie commerciale. « À cause de cette asymétrie d’informations, il y a toujours un décalage entre les prévisions des entreprises et la réalité, explique Paul Langlois-Meurinne, directeur général de la société Optimetriks. Et c’est précisément là que nous intervenons. »

Cofondée en 2015 par Marc de Courcel et Augustin de Choulot, cette société entend mettre à disposition des entreprises « des données sur leur part de marché, la visibilité de leurs produits, la conformité des prix, le nombre de points de vente, énumère-t-il. De la data brute, affinée ensuite sous forme de tableau de bord dynamique pour répondre aux besoins de nos clients. » Le business model a convaincu une dizaine d’entreprises, dont certains grands groupes comme L’Oréal ou Total.

Une communauté de 1 500 utilisateurs

Pour expliquer le bien-fondé de ses prestations, Paul Langlois-Meurinne cite l’exemple d’un fabricant de savon qui avait baissé le prix de son produit, sans que cela ne se traduise par un accroissement de ses ventes. « En faisant une enquête sur le terrain, on s’est rendu compte que 40 % des boutiquiers n’avait pas répercuté cette baisse, explique-t-il. Ils en avaient fait une marge supplémentaire. »

Pour récolter les données brutes, Optimetriks compte sur une « communauté » de 1 500 utilisateurs, pour l’essentiel des étudiants ou des boutiquiers répartis sur neuf pays, mis à contribution via une application sur leur smartphone. « Après une courte formation de deux ou trois jours, des missions leur sont proposées, avec un questionnaire détaillé – généralement, quatre ou cinq questions, explique Paul Langlois-Meurinne. On les envoie ensuite comme “clients mystère” sur le terrain pour relever les informations. »

Les fraudeurs automatiquement exclus

Ce modèle de crowdsourcing par téléphone a l’avantage de la rapidité et de l’économie de moyens. Revers de la médaille : il faut s’assurer que la tâche a bien été effectuée. Pour cela, les contributeurs doivent également prendre des photos des lieux visités et faire des relevées GPS, tandis que l’équipe d’Optimetriks vérifie la cohérence des informations.  

« S’ils jouent le jeu, ils sont bien payés, note Paul Langlois-Meurinne. Quant aux fraudeurs, ils sont automatiquement exclus de la communauté. C’est une façon pour nous de les responsabiliser et de s’assurer de la qualité des données récoltées. » En moyenne, les utilisateurs, rétribués grâce au mobile money, peuvent espérer gagner de 20 à 50 dollars par mois – un plafond fixé « pour freiner les ardeurs des uns et des autres ».

Un chiffre d’affaire de 500 000 euros

Ces douze derniers mois, Optimetriks a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 500 000 euros et affirme être bénéficiaire. Entre ses bureaux à Nairobi et à Paris, la société compte désormais une quinzaine de salariés. Mais le parcours a été laborieux depuis 2015 où, de l’aveu de son DG, « la société se cherchait encore un peu ». « On a bénéficié d’une subvention de 250 000 euros de la part d’un dispositif de la GSMA, qui récompense les innovations liées au smartphone en Afrique », précise-t-il.

Des fonds bienvenus pour s’atteler à certains projets de développement, comme la création par son équipe d’informaticiens d’un chat bot – un robot avec lequel les contributeurs de la start-up pourront interagir directement – sur l’application Messenger de Facebook. « Imaginons qu’on veuille recruter des jeunes âgés de 18 à 25 ans au Maroc, explique Paul Langlois-Meurinne. Une publicité va s’afficher sur leur profil Facebook pour les inciter à engager une conversation avec le chat bot. » Avec à la clef un double avantage : celui de bénéficier à l’avenir d’un panel beaucoup plus large et mieux ciblé.  

À l’affût des marchés nigérian et ivoirien

Pour les années à venir, l’appétit d’Optimetriks repose sur un constat simple : durant la prochaine décennie, les spécialistes estiment que la consommation des ménages dans les huit premières économies du continent va connaître une croissance annuelle de 5 %. Soit autant d’opportunités de business pour la société, qui lorgne vers les marchés nigérian et ivoirien après s’être longtemps cantonnée à l’Afrique de l’Est.

« C’est une région que l’on connaissait déjà, avec une certaine sensibilité aux nouvelles technologies et où sont concentrés les sièges des multinationales, explique Paul Langlois-Meurinne. Mais on souhaite maintenant s’étendre vers d’autres pays du continent. » Pour cela, la start-up va entamer d’ici la fin de l’année une levée de fonds auprès d’investisseurs, avec pour objectif de récolter entre 500 000 et un million d’euros.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici