Centrafrique : le Kwa Na Kwa (KNK) réclame le retour de Bozizé et un dialogue politique

Par - à Bangui

L'ancien président centrafricain François Bozizé à Bangui en janvier 2013, avant sa chute. © Ben Curtis/AP/SIPA

Au lendemain de sa rentrée politique à Bangui, le 15 septembre, le parti politique de l'ancien président François Bozizé, le Kwa Na Kwa, a réclamé un dialogue politique et le retour de son président fondateur, en exil depuis sa chute en 2013. Le secrétaire général du parti, Bertin Béa, qui a reçu "Jeune Afrique" chez lui, envisage également de voir l'actuel chef de l'État, Faustin-Archange Touadéra, représenter le KNK à la prochaine présidentielle. Interview.

Jeune Afrique : Comment se porte le KNK ?

Bertin Béa : Je ne dirais pas que le KNK se porte comme un charme, mais nous sommes très satisfaits de l’exceptionnelle mobilisation lors de notre rentrée politique, de gens qui sont venus de loin. On ne s’y attendait pas en raison des contraintes financières que nous avons. Cela marque le niveau de vitalité et de représentativité de notre formation politique.

Le KNK se prépare-t-il déjà pour la présidentielle de 2021 ?

Il est encore prématuré de parler de 2021. Nous sommes aujourd’hui dans la phase de restructuration des organes dirigeants, du bureau politique, en raison de la démission de certains membres et du décès d’autres. Donc 2021, c’est encore très loin pour nous.

En 2021, opposerez-vous un candidat à Touadéra, qu’on sait membre du KNK ? Ou le convaincrez-vous de représenter le parti ?

Cela dépendra de lui. Il est aujourd’hui chef de l’État, il est au dessus de la mêlée, au dessus des considérations politiques, il est dans une position d’arbitre. Il est encore trop tôt pour répondre à cette question. Le moment venu, vous serez au courant.

Quelle jugement portez-vous aujourd’hui sur le régime de Touadéra ?

Au KNK, nous pensons simplement que la situation de crise multidimensionnelle que traverse notre pays nous oblige à apporter notre modeste contribution pour soutenir Touadéra. C’est un président qui, aujourd’hui, n’a pas de majorité à l’Assemblée nationale. Nous privilégions le dialogue permanent avec le régime, ce qui nous permettra de sortir de la crise que le pays vit depuis un certain temps.

La justice est quand même un processus un peu lent et un peu long aussi

Justement à propos de dialogue, Bozizé va-t-il revenir ? En avez-vous discuté avec le pouvoir ?

Notre souci au KNK c’est de le voir rentrer pour qu’il prenne part au moins au dialogue politique inclusif que nous réclamons depuis un certain temps. Parce que nous sommes convaincus qu’il faut mettre tout le monde autour de la table, même s’il y’a des charges contre eux : en attendant que la justice tranche, ils sont présumés non-coupables. Ils bénéficient du principe de la présomption d’innocence. Et au nom de ce principe, on peut les laisser rentrer chez eux, apporter leur contribution pour le schéma de sortie de crise. Et maintenant, s’il y’a une quelconque poursuite, on en parlera parce que la justice est quand même un processus un peu lent et un peu long aussi. Notre vision est partagée par l’Union africaine qui a publié une feuille de route à Libreville, laquelle constitue désormais le cadre de référence pour la résolution de la crise centrafricaine et la réconciliation.

Jean-Francis Bozizé, dès son retour, a été arrêté parce que certaines accusations contre son père pèsent également sur lui. Pour vous, est-ce un acharnement de la part du chef de l’État, qui reste encore vice-président de votre parti ?

Bozizé fils a été mis en liberté provisoire et va régulièrement voir un juge d’instruction pour se présenter selon la procédure. Mais dans le même temps nous considérons que c’est une justice à géométrie variable parce qu’il y a des criminels patentés qui sont au kilomètre 5 et qui n’ont pas été arrêtés jusqu’à aujourd’hui, et qui circulent au vu et au su de tout le monde. S’il y a justice, il faut qu’elle s’applique à tout le monde. Nous nous élevons contre la situation actuelle parce qu’elle n’est pas de nature à garantir la paix sociale ni la cohésion nationale dans notre pays. Mais nous ne considérons pas cette affaire comme un acharnement contre Jean-Francis Bozizé. Il y a peut-être des faits réels ou supposés qui ont été attribués aux Bozizé. Il n’y a que la justice qui peut les blanchir ou les condamner. Seulement, pour Jean-Francis, dès qu’il a été arrêté, il a été constaté que les charges n’étaient pas suffisantes, et il a été mis sous contrôle judiciaire. S’il y avait des charges conséquentes, il n’aurait pas été mis sous contrôle judiciaire. Nous demandons aujourd’hui au président Touadéra de veiller à la bonne application de la loi parce que le contraire peut conduire à l’injustice et à des situations de trouble ou de perturbation de l’ordre public.

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