Ebola : la Sierra Leone déploie l’armée pour contenir l’épidémie

Le président de la Sierra-Leone, Ernest Bai Koroma, le 28 mars 2014 à Yamoussoukro. © Issouf Sanogo/AFP

Le président sierra-léonais Ernest Bai Koroma a décidé mardi de déployer l'armée pour faire respecter les mesures de quarantaine prises envers les patients touchés par Ebola. Parallèlement, un sérum administré à deux Américains atteints du virus semble avoir des effets très encourageants.

La Sierra Leone engage les grands moyens. Des centaines de soldats ont été déployés dans les centres de traitement de l’épidémie d’Ebola, essentiellement situés dans l’est du pays. Objectif de cette décision prise par le président Ernest Bai Koroma : faire respecter les mesures de quarantaines prises envers les malades et dissuader les proches de ces derniers de les soustraire à la surveillance des médecins.

Le dernier bilan de l’épidémie – qui ne faiblit pas et constitue de loin la plus grave depuis la découverte du virus il y a 38 ans -, est en effet alarmant selon l’OMS : 887 morts ont été décomptés sur 1 603 cas d’Ebola (confirmés, suspects ou probables) : 358 en Guinée, 255 au Liberia, 273 en Sierra Leone et un au Nigeria.

Seul espoir de traitement, un cocktail expérimental de trois anticorps appelé ZMapp seulement testé auparavant sur 8 singes dont 6 avaient survécu, a été administré à deux Américains – un médecin et une missionnaire – ayant contracté le virus au Liberia avant d’être rapatriés et admis dans des hôpitaux spécialement équipés à Atlanta (sud-est). Selon les médecins traitants cités par la chaîne américaine CNN, le sérum semble avoir eu un effet "miraculeux" en atténuant rapidement les symptômes dans l’heure qui a suivi l’administration d’une première dose. Mais la communauté médicale est divisée sur l’opportunité d’étendre cette expérimentation à d’autres malades.

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"Les résultats des expériences sur des animaux sont très bons et l’utilisation de cet agent sur ces deux patients suggère qu’il a un effet favorable mais étant donné que ça se limite à deux personnes nous devons être prudents avant de tirer des conclusions", a expliqué le docteur Anthony Fauci, directeur de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID). Pour confirmer l’efficacité de ce traitement il faudrait mener des essais cliniques avec un plus grand nombre de malades ce qui n’est pas vraiment possible vu "la très grande difficulté" à produire suffisamment de doses – plusieurs mois pour en fabriquer une faible quantité -, a-t-il ajouté.

Quant aux autres traitements potentiels contre le virus Ebola, ils sont encore aux tous premiers stades de développement, "trop tôt pour se prononcer", a dit le Dr Fauci qui a rappelé qu’à court terme, l’espoir le plus solide contre Ebola s’appuyait sur un vaccin expérimental efficace chez les singes. "Nous venons de terminer les expériences avec des animaux et allons commencer une étude de phase 1 en septembre avec des humains", a-t-il indiqué. Les résultats de l’essai clinique devraient être disponibles d’ici janvier prochain et un vaccin pourrait être prêt à la mi-2015.

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En attendant, de plus en plus de membres non-africains du personnel soignant sont touchés par le virus. Outre les deux Américains, le ministère espagnol de la Défense a annoncé qu’il allait envoyer un avion militaire au Liberia pour rapatrier et traiter un missionnaire espagnol âgé de 75 ans ayant contracté le virus. L’Arabie saoudite a également mardi signalé un cas similaire : un de ses ressortissants de retour de Sierra Leone a été hospitalisé à Jeddah – et placé en quarantaine – pour des symptômes identiques. Par mesure de précaution, la compagnie britannique British Airways a annoncé mardi la suspension jusqu’au 31 août au moins de ses vols vers le Liberia et la Sierra Leone, après une décision similaire d’Emirates, en vigueur depuis samedi.

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Par endroits, la fièvre hémorragique a emporté des familles entières, comme celle de l’ex-ministre sierra-léonais Lansana Nyallah, qui a rapporté mardi avoir perdu neuf des siens, dans l’est de la Sierra Leone. À Daru, "notre maison est aujourd’hui vide, plus personne n’y vit", a-t-il dit, se présentant comme la "preuve vivante" de la réalité de l’épidémie.

Lundi, la Banque mondiale a annoncé qu’elle allait mobiliser 200 millions de dollars (149 millions d’euros) en urgence pour aider la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone à acheter du matériel médical, payer le personnel soignant et amortir l’impact financier de l’épidémie sur la population.

Au-delà de la crise sanitaire, l’impact économique de l’épidémie commence à soulever l’inquiétude pour les pays touchés. Il pourrait ainsi coûter à la Guinée un point de croissance, de 4,5% à 3,5%, selon la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International. Au Liberia, le prix des produits d’hygiène, essentiels à la lutte contre Ebola a explosé, de même que celui du poisson, qui pallie l’interdiction de la viande de brousse (singe, chauve-souris, etc.), incriminée dans la propagation.

(Avec AFP)

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