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Centrafrique : Noureddine Adam refuse de désarmer tant que ses hommes sont emprisonnés

Des combattants remettent leurs armes à la Minusca, à Bangui, le mercredi 13 septembre 2017. © Photo : Minusca

Le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) conditionne sa participation au processus de « désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement » (DDRR) à la libération de tous ses combattants arrêtés par les Casques bleus et remis au gouvernement centrafricain, a annoncé lundi 11 septembre un porte-parole du groupe armé.

« Nous ne participerons au DDRR que si nos hommes arrêtés à différentes occasions par les Casques bleus, remis aux autorités centrafricaines et placés en détention au Camp de Roux soient libérés », a déclaré un porte-parole du FPRC. Issu de l’ex-Séléka, le FPRC est dirigé par Noureddine Adam, ancien numéro 2 de cette rébellion qui a renversé le président François Bozizé en 2013. Le groupe armé contrôle plusieurs zones du nord, du centre et de l’est de la Centrafrique. Le groupe armé fédère également autour de lui le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC), autre groupe issu de l’ex-Séléka, et l’aile anti-balaka de Maxime Mokom.

Le processus DDRR fragilisé

Sa position apparaît donc inquiétante pour la suite de ce processus qui constitue, pour le président Faustin Archange Touadéra, un début de solution pour pacifier le pays. « Nous étudions ce problème que nous prenons très au sérieux. Nous voulons éviter que d’autres groupes réclament libération de leurs hommes. Sinon, à quoi servirait la justice ? », s’interroge un membre du gouvernement, qui préfère, sur ce sujet sensible, conserver l’anonymat.

Noureddine Adam, ancien numéro deux de la Séléka, le 14 mars 2013 à Bangui. © Vincent Fournier/J.A.

Interrogé par Jeune Afrique, il expose les termes de la difficile équation face à laquelle se trouve confronté le gouvernement fraîchement nommé : « Personnellement, je sais que Noureddine Adam a toujours été un partisan sécessionniste. Accéder à sa demande c’est lui donner carte blanche pour les nombreuses manœuvres dont on le sait capable ».

Ces dernières semaines – notamment lors des négociations menées sous l’égide de la communauté catholique Sant’Egidio – l’ancien patron du service de renseignements de Michel Djotodia avait réclamé une amnistie. Une éventualité qui conduirait à le laver de toute responsabilité éventuelle dans les crimes commis dans le pays, sur lesquels enquête la Cour pénale spéciale pour la Centrafrique, créée en 2015 mais dont le procureur n’est arrivé à Bangui qu’en mai dernier.

Le DDRR n’est pas une solution à tous les problèmes auxquels le pays est confronté, mais il reste un outil indispensable

Quatorze groupes armés, dont le FPRC, avaient été inscrits pour le processus DDRR lancé le 30 août par le président centrafricain. « Le DDRR n’est pas une solution à tous les problèmes auxquels le pays est confronté, mais il reste un outil indispensable qui, s’il est appliqué avec rigueur peut contribuer à renforcer la confiance entre tous les acteurs, réduire le nombre d’armes en circulation dans le pays, faire baisser le niveau de violence et la criminalité en favorisant un changement de mentalité concernant l’usage des armes », a  déclaré le patron de la Minusca, Parfait Onanga Anyanga.

Quelques jours après le lancement, c’est sur les ondes de la radio Ndeke Luka lundi qu’il annonce la clôture de l’opération : « Le DDRR, c’est fermé ! », a martelé le diplomate onusien.

Une déclaration considérée, au sein de la population, comme une « réponse ferme à Nourredine Adam ». « Mais il va falloir que la MINUSCA arrête de dormir, on en a marre ! », s’énerve Cyprien Kalouangui, notable de la ville de Kouango qui a dû fuir le week-end dernier pour trouver refuge à Bangui.

La Minusca, de son côté, affiche ses résultats. Mercredi 13 septembre, lors d’une conférence de presse à Bangui, elle a annoncé avoir récupéré 86 armes de guerre, 16 armes de fabrication artisanale, 31 grenades, une roquette, 12 mortiers et 415 munitions récupérés.