Les experts de l’ONU tués en RDC ont-ils été victimes d’un guet-apens ?

Par Jeune Afrique avec AFP

Un montage photo de deux experts onusiens, Zaida Catalan et Michael Sharp, tués en mars au Kasaï, dans le centre de la RDC. © Bertil Ericson et Timo Mueller/AFP

Selon un enregistrement obtenu par RFI, les deux experts de l’ONU assassinés il y a six mois en RDC auraient été induits en erreur la veille de leur mort par des agents des services de renseignement congolais. Le gouvernement estime que ces éléments auraient dû être mis à la disposition de la justice.

Assassinés le 12 mars à Bunkonde alors qu’ils enquêtaient sur des fosses communes dans le Kasaï, où des violences opposent depuis septembre 2016 des forces de sécurité aux milices Kamuina Nsapu, la Suédo-Chilienne Zaida Catalan et l’Américain Michael Sharp ont-ils été victimes d’un guet-apens ? C’est en tout cas ce qu’a suggéré RFI, mercredi 13 septembre, en publiant des extraits du script de l’enregistrement d’une conversation des deux experts mandatés par les Nations unies avec un adepte de la milice Kamuina Nsapu s’exprimant en tshiluba, et d’autres personnes faisant office de traducteurs.

D’après l’analyse du script de cette conversation, explique la radio internationale, « au moins trois participants induisent volontairement en erreur les deux experts sur leur niveau de sécurité à Bunkonde ». À la 46e minute de cet entretien long de plus d’une heure, l’adepte, François Muamba, déconseille aux deux experts de se rendre dans cette localité. Il s’inquiète notamment d’une possible « embuscade » pouvant les viser. Mais ses propos « ne sont pas traduits », affirme RFI. Au contraire, on leur assure « qu’en ce qui concerne les garanties, à Bunkonde, vous pouvez arriver, il n’y a rien, il n’y a rien ».

Parmi les trois interprètes, on retrouve, toujours selon RFI, un membre de l’Agence nationale des services de renseignement (ANR), ainsi qu’un dénommé Thomas Nkashama. Ce dernier est « aujourd’hui agent de la DGM (Direction générale de migration) » et « proche du nouveau chef Kamuina Nsapu adoubé par les autorités ».

« Une violation très grave de la procédure pénale »

La journaliste Sonia Rolley, qui signe l’enquête, était la correspondante de la radio en RDC jusqu’à ce que Lambert Mende, le ministre congolais de la Communication et des Médias, décide en mai de ne pas donner suite à sa demande de renouvellement d’accréditation. « Si elle a des éléments, elle les met à la disposition de la justice, a-t-il réagi suite à ces révélations. C’est une violation très grave de la procédure pénale. »

Si l’intégration d’experts indépendants à l’intérieur du système congolais n’est pas possible, nous prendrons notre initiative, a déclaré le secrétaire général de l’ONU

« Il y a un procès qui est en cours. Nous nous abstenons de commenter le cours de la justice », a déclaré pour sa part la porte-parole de la Mission des Nations unies (Monusco) lors de son point-presse hebdomadaire. De son côté, le secrétaire général de l’Organisation, Antonio Guterres, a évoqué la possibilité d’une enquête indépendante de l’ONU, une hypothèse qui avait été précédemment écartée.

« Nous sommes en train de faire des consultations (…) pour mettre en place notre dispositif » d’enquête, a-t-il indiqué. « Il y avait différentes possibilités. La plus efficace serait à mon avis l’intégration d’experts indépendants à l’intérieur du système congolais. Je ne sais pas si ce sera possible ou non. (…) Sinon nous prendrons notre initiative », a ajouté Guterres, sans la détailler mais en précisant que des consultations étaient en cours à l’ONU « pour mettre en place le système qui puisse être le plus efficace possible pour que la vérité soit connue ».

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