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Fennecs éliminés du Mondial 2018 : « Les joueurs algériens ne se sentent pas respectés »

Supporters devant le match Algérie-Allemagne à la coupe du Monde au Brésil. Alger, le 30 juin 2014. © Sidali Djarboud/AP/SIPA

Après leur défaite face au Nigeria, la semaine dernière, les Algériens ne partiront pas à la Coupe du monde de la Fifa organisée en Russie en 2018. L’année 2017 n’a pas été clémente pour les Verts : en juin, ils sortaient éliminés du second tour de la Coupe d’Afrique des Nations au Gabon. Asma Halimi, journaliste sportive algérienne, analyse cette mauvaise passe.

Asma Halimi, rédactrice en chef du magazine Compétition et chroniqueuse dans l’émission sportive Studio foot de la chaîne de télévision algérienne Echourouk Tv, livre à Jeune Afrique son analyse d’une crise qui perdure au sein de l’équipe nationale.

Jeune Afrique : le 5 septembre, face au Nigeria, l’Algérie perdait sa place pour la Coupe du Monde de 2018. Pourquoi l’équipe nationale algérienne n’est-elle pas parvenue à se qualifier ?

Asma Halimi : Pour comprendre les raisons de cet échec, il faut prendre en compte le parcours de l’équipe depuis le dernier mondial. En 2014, l’Algérie s’était qualifiée au Brésil, elle est même arrivée en 8e de finale contre l’Allemagne (perdu à 2-1). Ensuite, il y a eu le départ de Vahid Halilhodzic, le coach de l’équipe nationale à l’époque. C’est à partir de là que l’Algérie a été éliminée de la CAN et ne s’est pas qualifiée en 2017 pour la Coupe du Monde.

Qu’est ce qui a poussé Halilhodzic à quitter l’équipe nationale en 2014, alors qu’il avait mené une bonne campagne ?

Halilhodzic a débarqué chez les Verts en 2011, et a bien coaché l’équipe. Il y a eu un malentendu, en plus de la distance prise avec le président de la République – d’habitude très concerné par l’actualité de l’équipe nationale. Ce malentendu avec le président de la FAF, Mohamed Raouraoua, s’est produit lorsque celui-ci a ramené un autre sélectionneur au centre technique national de Sidi Moussa, le « Clairefontaine algérien » [le centre national de football, NDLR], pour visiter les locaux. Halilhodzic, qui était sur place, a compris que si le sélectionneur était là, c’était pour signer un contrat pour le remplacer…

Et quelle a été la réaction de Halilhodzic?

Il a décidé de rester dans son poste de coach jusqu’à la Coupe du Monde et de partir juste après. Ce qu’il a fait après la qualification des Verts en huitième de finale et leur défaite face à l’Allemagne en 2014. Et ce, malgré la pression présidentielle et médiatique.

C’est la première fois que l’Algérie ne remportait pas de match de qualification du premier coup depuis 2010

La défaillance viendrait donc de l’entraîneur qui a pris la relève, plutôt que des joueurs ?

Le nouveau sélectionneur serbe, Milovan Rajevac, a été le successeur de Christian Gourcuff. Il ne connaissait pas l’Afrique, il ne s’est pas entendu avec les joueurs. Il a mené l’équipe durant un match pour les qualifications de la Coupe du Monde où elle a fait un nul (1-1) contre le Cameroun. Il avait déjà perdu un premier match amical à domicile, lors duquel le public l’avait sifflé. Il allait déjà partir mais « on » l’a convaincu de rester, malgré la piètre réception du public et des joueurs eux-mêmes.

Là, les joueurs n’étaient pas d’accord. Je souligne que c’est la première fois que l’Algérie ne remportait pas de match de qualification du premier coup depuis 2010. Les footballeurs se révoltent alors contre lui. Ils demandent son retrait, et de jouer contre le Nigeria sans lui. Pour le public, comme pour les joueurs, il est la cause de ce nul face au Cameroun.  Finalement, il a été décidé qu’il allait partir.

Quelle a été la suite pour l’équipe, après Halilhodzic ?

Le belge Georges Leekens lui a succédé et n’a pas fait long feu à la CAN : juste après l’élimination (prématurée, au second tour) des Fennecs de la CAN, Leekens a démissionné de son poste. Il a mené la course avec une équipe très modeste. Les Verts font la CAN avec lui aux manettes, et sont éliminés au 1er tour. Du jamais vu pour l’équipe nationale.

Match Algérie-Belgique (1-2) au Mondial au Brésil. Alger, le 17 juin 2014. © Louiza Ammi pour Jeune Afrique

 

Le nouveau président de la Fédération algérienne de football, Kheireddine Zetchi, a-t-il apporté un nouveau souffle à l’équipe nationale ?

On était convaincu que son arrivée allait améliorer les choses. Il a étonné tout le monde en sélectionnant un nouvel entraîneur, l’Espagnol Lucas Alcaraz, pour mener l’équipe une première fois face à la Guinée en amical. Un match qu’elle a difficilement gagné (2-1).

Personne n’a compris le choix de Zetchi : Alcaraz n’a jamais fait de sélection, il n’a pas un parcours digne d’une équipe nationale. Le match face au Togo (1-0) a aussi été difficile. Retour avec 1 point sur 4 matchs… Très décevant de la part d’une équipe avec une réputation comme celle des Verts. L’Algérie n’a pas perdu de match à domicile pendant cette campagne de sélection. On savait déjà que c’était perdu, ce qui ne les a pas empêché de jouer un très bon dernier match le 5 septembre, qu’on a fini par perdre face au Nigéria (3-1).

Alcaraz n’a pas fait d’efforts pour rendre la communication meilleure avec son équipe

Des dissonances existent-elles au sein de l’équipe, sélectionneur mis à part ?

En Algérie, c’est particulier : les joueurs aiment un coach avec du charisme. Ils ont besoin de discipline pour bien bosser, pas d’un coach trop indulgent et solitaire comme Alcaraz. Il y a beaucoup de laisser-aller au sein de l’équipe. Par exemple, les terrains sont censés fermer à 23h, les footballeurs y traînent encore à minuit passé.

Nos joueurs n’ont rien donné dans leur propre pays, alors qu’ils sont excellent ailleurs, dans des équipes européennes où ils sont de réelles stars. Au sein de l’équipe nationale, personne ne les reconnaît. De plus, le moral général est quasiment égal à zéro depuis la défaite face à l’Allemagne en 2014, en huitième de finale au Brésil.


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Où se situent les défaillances du coach ?

Le coach ne peut être exempt de sa part de responsabilité dans la mauvaise gestion de l’équipe et de son rendu déplorable et inhabituel par rapport à ses prouesses passées. Depuis qu’il a été nommé sélectionneur de l’équipe A des Verts, Alcaraz n’a pas fait d’effort pour rendre la communication meilleure avec son équipe. Il ne parle pas français – il a besoin d’un interprète pour s’adresser aux joueurs, qui ne l’écoutent d’ailleurs pas -, ce qui entrave la communication, déjà mauvaise, avec les joueurs algériens qui ne se sentent pas respectés de leur côté. 

Le public réclame aussi le départ de certains joueurs. On ne les sent pas très investis. Le capitaine, Raïs Mbolhi, d’habitude serein, s’est même révolté contre ce genre d’attitude. Il a ouvertement appelé ceux qui ne se sentent pas concernés par le sort de l’équipe à partir : « On a de bons joueurs (…) qui ne se donnent pas à fond. Celui qui n’a pas envie de jouer (…) qu’il reste chez lui. ». 

Quant au sélectionneur, il s’est défendu en précisant que sa mission était de mener l’équipe à la Coupe d’Afrique, et non à la Coupe du Monde. Cependant, j’estime que l’Algérie aurait très bien pu gagner le match face au Nigéria et se qualifier au mondial 2018.

François Balquart, l’ancien directeur technique national de la Fédération française de football, a été engagé comme conseiller de l’équipe mardi 12 septembre. Qu’en est-il du sort de l’équipe même ? Et du sélectionneur ?

On ne sait pas encore. Ce qui est certain c’est qu’il y a un rejet prononcé pour Alcaraz, de la part de l’équipe et de celle du public. On se demande s’il ne faudrait pas garder le coach, en changeant de stratégie. Ou encore garder les joueurs en changeant de coach. Ce serait le cinquième en moins de trois ans, dans ce cas. Ce qui est sûr, c’est qu’il va falloir jouer l’Afrique – la prochaine CAN.