Aide au développement : la France grippe-sou

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Le 11 septembre, l’ONG One décernait les bons et les mauvais points aux donateurs d’aide publique au développement. Attention : les efforts sont à scruter en valeur absolue et en pourcentage des revenus nationaux…

Le fait que le personnage emblématique de l’avarice soit né dans la littérature française -Harpagon- est-il le signe que les Français sont les champions de la ladrerie ? Si l’on en croit le dernier rapport annuel de l’ONG One, l’État français a des oursins dans les poches, quand il s’agit de fournir de l’aide à cette Afrique avec laquelle elle prétend pourtant entretenir des relations privilégiées. Intitulée cette année « Financer le siècle africain », l’étude a l’objectivité de jauger la générosité des nations à l’aune des buts onusiens. Depuis la fixation des huit Objectifs du millénaire, les Nations unies estiment souhaitable que les pays développés consacrent 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide publique au développement (APD). Les sommes dédiées à l’accueil des migrants étant parfois intégrées au calcul, il n’est pas toujours facile d’évaluer le pourcentage réellement dédié aux ressortissants des pays du Sud… dans les pays du Sud.

Quoi qu’il en soit, ce Graal des 0,7% reste un élément utile pour la comparaison. Traditionnellement, seuls quelques pays d’Europe du nord sont d’aussi bons élèves : le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas et plus récemment le Royaume-Uni et l’Allemagne. Bons princes, la Suède et le Luxembourg ont même dépassé le seuil de 1%. Si la France se gargarise d’une augmentation de 5,25% du budget de son aide publique au développement en 2016, avec un total de 8,51 milliards d’euros, l’arbrisseau cache le désert : cette contribution ne représente que 0,38% du revenu national brut français ; à peine la moitié de l’objectif de l’ONU.

Diminution de l’aide allouée aux PMA

Même en faisant diversion avec des tendances davantage que des chiffres bruts, la progression de la générosité française ne fait pas le poids, face à une aide mondiale qui a augmenté de 7,4% entre 2015 et 2016. La donnée la plus inquiétante du rapport de One est la diminution, au niveau mondial, de la part de l’APD allouée aux pays les moins avancés (PMA), part passée de 32 à 28 % entre 2013 et 2016. De même qu’on ne prête qu’aux riches, ne donne-t-on qu’aux moins nécessiteux ?

Si Harpagon est français, Picsou est américain

Peut-être faut-il éviter le procès d’intention à l’égard d’un nouveau président français qui ne présentera son premier budget que dans deux semaines. Si le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin annonçait, en juillet, une restriction budgétaire de l’APD française de 141 millions d’euros, le président Macron promettait une aide à hauteur de 0,55 % du revenu national brut. Mais d’ici… 2022. Ceci étant, si Harpagon est français, Picsou est américain. Certes, les États-Unis sont, en chiffres absolus, le premier donateur au monde, mais c’est en y consacrant moins de 0,2% de leur Revenu national brut.

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