Algérie : des intellectuels remettent en question la capacité d’Abdelaziz Bouteflika à gouverner

Par Jeune Afrique

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, cote à Alger pour les législatives du 4 mai 2017. © Sidali Djarboub/AP/SIPA

Le débat sur une éventuelle destitution du chef de l'État en raison de son état de santé reprend en Algérie. L'entourage d'Abdelaziz Bouteflika met pour sa part en garde contre les conséquences de cette demande sur la stabilité du pays.

Les voix de six universitaires et intellectuels algériens, qui estiment que la santé du président, Abdelaziz Bouteflika, ne lui permet plus d’exercer ses fonctions, sont venues s’ajouter aux appels relancés depuis quelques semaines à une destitution du chef de l’État. Volubile et hyper actif lorsqu’il a été élu pour la première fois en 1999, M. Bouteflika, 80 ans, a été victime en 2013 d’un accident vasculaire cérébral (AVC) qui a affecté son élocution et sa mobilité. Depuis, son état de santé fait l’objet de nombreuses spéculations, ce qui ne l’a pas empêché d’être réélu en 2014 pour un quatrième mandat. Un record de longévité à la tête de l’État algérien.

Dans une tribune publiée jeudi 31 août dans le quotidien francophone El-Watan, les sociologues Mohamed Hennad, Aissa Kadri et Ratiba Hadj-Moussa, l’historien Daho Djerbal, l’écrivain Mustapha Benfolid et le journaliste Cherif Rezki, réclament une « élection présidentielle anticipée au cours des mois à venir ».

Cette tribune est venue s’ajouter à une récente pétition en ligne appelant le Conseil constitutionnel à constater l’empêchement du chef de l’État, conformément à l’article 102 de la Constitution, et au lancement fin août d’une campagne en ce sens par le jeune parti d’opposition Jil Jadid (« Nouvelle génération »).

À l’évidence, le président n’exerce plus ses fonctions constitutionnelles de manière effective, soutenue et transparente

« L’état de santé du président Bouteflika ne cesse de se dégrader. À l’évidence, le président n’exerce plus ses fonctions constitutionnelles de manière effective, soutenue et transparente », affirment les signataires de la tribune pârue le 31 août. « Il n’est plus en mesure de recevoir dignement ses homologues étrangers, et il n’effectue plus de voyages officiels hors du pays. »

En février, la chancelière allemande Angela Merkel avait dû reporter au dernier moment une visite à Alger. Des observateurs ont récemment estimé que le nouveau président français Emmanuel Macron, attendu à Alger, n’avait toujours pas fait le voyage faute de pouvoir être reçu par son homologue algérien.

Le bouclier présidentiel

À titre de réponse, l’entourage du président Bouteflika continue d’affirmer que le président jouit de toutes ses capacités pour gouverner. Dimanche 10 septembre, à l’occasion d’une réunion interne de son parti, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a laissé entendre que ceux qui veulent destituer le président « n’ont rien à faire » et qu’ils ne veulent pas le bien pour le pays.

Signe que le retour du débat agace, même s’il reste actuellement en sourdine, les présidents des deux chambres sont intervenus pour défendre le chef de l’État, lors de la rentrée parlementaire début septembre. Le président de l’Assemblée populaire nationale, Saïd Bouhadja, a mis en garde contre « une aventure dans l’inconnu » qu’entraînerait la destitution du président. « Le président de la République va bien et il exerce ses prérogatives constitutionnelles de manière ordinaire », a martelé de son côté le président du Conseil de la Nation – la chambre haute algérienne – Abdelkader Bensalah.

Ci-dessous, un reportage de la chaîne algérienne publique Canal Algérie montrant des images de la dernière apparition publique du président Abdelaziz Bouteflika, lors du premier Conseil des ministres du nouveau gouvernement d’Ahmed Ouyahia, le mercredi 6 septembre :

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