Design : Aïssa Dione prend ses quartiers à Paris chez la curatrice Nelly Wandji

Aïssa Dione pour la Galerie Nelly Wandji. © Anthony Marco

Du 8 au 24 septembre, une expo-vente de la créatrice textile sénégalaise Aïssa Dione, intitulée « Weaving, Art, Objects », se déroule dans cet espace parisien dédié à la création du continent africain.

C’est le début d’une longue collaboration entre deux expertes du design haut-de-gamme africain. Pour sa rentrée, la curatrice camerounaise Nelly Wandji a convié Aïssa Dione, designer textile et spécialiste de l’artisanat de luxe, à exposer quelques-unes de ses pièces dans son propre espace, situé dans le 8ème arrondissement de Paris. On y trouvera du petit mobilier, des accessoires de mode et de décoration, fabriqués à partir de tissus en coton confectionnés dans l’atelier dakarois d’Aïssa Dione, suivant la méthode de tissage des Mandjaques de la Guinée-Bissau – à laquelle s’attache l’artisane depuis plusieurs années.

Pochettes, sacs, trousses ou coussins côtoieront fauteuils ottomans, plaids, cache-pots, rideaux, etc. Les couleurs vont du noir au dorée en passant par le jaune ou moult teintes de bleu. Les créations sont signées d’une myriade d’artistes et designers sénégalais : les tables de séjour sculptées et recouvertes de perles tissées de Balla Sidibé, le mobilier en bois de dimb de Pape Amadou Ndoye, les baobabs et autres objets décoratifs en fils de métal ou laiton d’Amsa Cissé…

Sur les tissus, les motifs défilent avec triangles, rayures ou encore figures plus complexes auxquels Aïssa Dione attribue des noms de lieux ou d’ethnies : Kameroon, Baoule, Ibadan, Kayes, Thiès ou encore Dogon.

Sans oublier quelques œuvres d’arts, parmi lesquels des tableaux du peintre Camara Gueye, avec qui elle travaille depuis une vingtaine d’années, tout droit sortis de sa galerie, Atiss, située dans le quartier Fann-Mermoz, à Dakar. Une cuvée 100% sénégalaise, intitulée WAO pour « Weaving, Art, Objetcs » (« Tissage, Arts, Objets » en français), que le chaland pourra découvrir à compter de ce vendredi 8 septembre.

Aïssa Dione pour la galerie Nelly Wandji. © Anthony Marco

100% Sénégal 

Côté prix, les accessoires se vendront à hauteur de 150 euros environ. Quant au mobilier et au textile, il faudra respectivement compter entre 800 et 1 500 euros et 50 à 800 euros environ. Enfin, les tableaux de Camara Gueye oscilleront entre 3 000 et 5 000 euros.

« Cette expo-vente tombe à pic car, à compter de cette date se tient aussi la Paris Design Week, une semaine qui met en avant les designers du monde entier », s’enthousiasme Nelly Wandji, grande admiratrice de la reine du textile sénégalais qu’est Aïssa Dione. Les deux femmes se sont rencontrées lors de la première édition de la foire d’art contemporain africain, AKAA (Also Known As Africa), en novembre 2016, à Paris. L’idée d’une collaboration fait aussitôt mouche. « En ce qui concerne le marché de l’artisanat et de la création haut-de-gamme en Afrique, Aïssa Dione fait partie des acteurs que je classe parmi mes grands favoris », reprend Nelly Wandji. « Avec elle, on touche autant au design textile qu’au mobilier et cela donne un très bel aperçu de ce qui se fait au Sénégal et, plus particulièrement, au sein de son atelier ».

C’est là tout le propos du travail de Nelly Wandji, lasse que l’art ou le design puissent tout simplement être étiquetés « africains » alors que l’Afrique est bien vaste… « On se doit d’être plus précis. C’est ainsi que l’on pourra mettre en avant un véritable savoir-faire », intervient Aïssa Dione. « Parler seulement d’Afrique me dérange énormément. Il est temps d’évoluer en prenant en compte les pays, les régions, les artisans. Nombreux sont les pays africains qui n’ont aucun point commun, et même aucuns échanges commerciaux ! ».

 

© Tissage (Atelier Aïssa Dione) et boîtes en fil de laiton par Amsa Cissé.

 

Un regain d’intérêt pour la mode 

Cette expo-vente est une nouvelle étape pour celle qui a fourni de grands créateurs comme Christian Lacroix, Hermès ou Paco Rabanne. Après l’ouverture d’un showroom professionnel dédié à la décoration à Paris et d’un concept-store à l’hôtel Pullman de Dakar, la tisserande cherche désormais à étendre son activité à un autre type de production. « Avec ce genre d’expo-vente, je peux proposer des produits entièrement fabriqués. Depuis 20 ans, je ne fais que vendre des tissus aux fabricants. C’est donc la toute première fois que je développe cette présentation ».

Elle évoque de futures collaborations avec de plus en plus de stylistes et créateurs sénégalais comme Bull Doff ou Selly Raby Kane. D’ailleurs, à la galerie Nelly Wandji, la styliste Sophie Zinga présentera quelques vestes confectionnées à partir des tissus d’Aïssa Dione. « Il y a un regain d’intérêt de ma part pour la mode ». L’expert des arts textiles, qui a signé cette année une collaboration avec la griffe française Louboutin en maroquinerie, entend aussi conjuguer l’ensemble des activités qu’elle mène de front. « Il y a une complémentarité entre les œuvres d’arts et le design décoratif », affirme-t-elle. « Je considère que l’activité de galeriste soutient l’activité industrielle. Il faut renouveler un nouveau type d’industrie créative en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale et cela passe par la jonction de l’artisanat et de l’industrie. Il nous faut renouer avec le design et l’art, tabler sur la qualité et la créativité plutôt que sur la quantité ».

Une partie de sa collection « WAO » est actuellement exposée au Metropolitan Museum Store de New-York. Aïssa Dione participera également à la deuxième édition de la AKAA Fair en novembre 2017, à Paris.

 

© Mobilier et objets de décoration par Balla Sidibé (bois de dimb).

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