États-Unis : qui est Donald Yamamoto, le « Monsieur Afrique » par intérim de Trump ?

Le diplomate américain Donald Yamamoto avec le patriarche de l'église orthodoxe éthiopienne, Abune Paulos, à Addis-Abeba, en 2007. © ANITA POWELL/AP/SIPA

Après neuf mois de tergiversation, l’administration de Donald Trump s’est résolue à nommer, le 5 septembre, Donald Yamamoto au poste de chef par intérim du Bureau des affaires africaines du Département d’État. Bon connaisseur de l’Afrique, il est très sensible aux questions de défense, qui devraient rester la préoccupation principale des États-Unis sur le continent.

Fils d’un soldat de l’armée impériale japonaise, Donald Yukio Yamamoto est né à Seattle, dans l’extrême nord-ouest des États-Unis. Difficile de trouver plus éloigné de l’Afrique. Soixante-quatre ans et une très dense carrière de diplomate plus tard, il a pourtant été officiellement nommé, pour un an, à la tête du Bureau des affaires africaines du département d’État. Autrement dit, il est le nouveau « Monsieur Afrique » de Donald Trump.

Cette nomination est toutefois le symptôme des blocages de Washington et du désintérêt du locataire de la Maison Blanche pour l’Afrique. Yamamoto n’est en effet nommé à ce poste que par intérim. Mais il devenait urgent de le pourvoir : en neuf mois, l’administration Trump n’a en effet pas réussi à se mettre d’accord sur la personnalité qui occupera définitivement ces fonctions.

L’échec de Pham

Un temps pressenti, le chercheur J. Peter Pham s’est heurté à l’hostilité du sénateur républicain James Inhofe, qui lui reprocherait notamment une position pro-marocaine dans le dossier du Sahara occidental, selon le magazine américain Foreign Policy. Pham s’était par ailleurs fait remarquer à Kinshasa pour avoir défendu, en 2012, l’éclatement de la RD Congo en plusieurs États qui seraient plus facilement gérables – autrement dit, le scénario de la « balkanisation » tant redouté par les Congolais. « Pham a évolué sur cette question, nuance toutefois Kikaya bin Karubi, le conseiller diplomatique du président Joseph Kabila. Aujourd’hui, il est plutôt partisan du fédéralisme ».

En attendant un accord, Yamamoto assumera donc ces fonctions. Ce diplomate retrouve un continent qu’il connaît bien. En Afrique francophone, il est surtout connu pour avoir contribué à établir des discussions directes entre Kampala, Kigali et Kinshasa au milieu des années 2000 pour mettre fin à la deuxième guerre du Congo. En avril 2006, au lendemain d’une incursion de rebelles à N’Djamena, Yamamoto avait également tenté de convaincre le président tchadien Idriss Déby Itno de reporter l’élection présidentielle prévue le mois suivant. Cette initiative, qui n’avait pas le soutien de Paris, avait toutefois fait long feu.

Lobbying en coulisse

Le terrain de prédilection de ce diplomate aimable et plutôt discret se trouve en Afrique de l’Est. Entre 1998 et 2016, il a été successivement directeur adjoint pour les affaires est-africaines, ambassadeur à Djibouti, en Éthiopie ou encore chargé d’affaires en Somalie. « La démocratie et les droits de l’Homme font bien sûr partie de ses préoccupations, mais il préfère le lobbying en coulisse aux déclarations publiques fracassantes », note une source diplomatique à Addis-Abeba.

Yamamoto aura la lourde tâche de relancer des relations au point mort. Depuis l’élection de Donald Trump, c’est essentiellement sous l’angle de la sécurité et des dépenses – à réduire – qu’est vu le continent à Washington. Plusieurs capitales africaines clés sont aujourd’hui dépourvues d’ambassadeur, à l’image d’Addis-Abeba, de Kinshasa ou encore de Pretoria. Mais le statut de Yamamoto lui donnera une autorité moindre face au Congrès, au Département de la Défense (DoD) et au Conseil de sécurité nationale (NSC), qui tiennent le haut du pavé. Début août, Trump a d’ailleurs nommé un homme venu de la CIA, Cyril Sartor, directeur principal pour l’Afrique au NSC.

Le nouveau « monsieur Afrique » du département d’État est, de toute façon, lui-même très sensible aux questions de défense. Il a suivi une formation au National War College, a deux fils dans l’armée, et a également eu une expérience en Afghanistan (2014-15). Lorsqu’il était ambassadeur à Addis-Abeba, les relations militaires et la lutte contre les islamistes somalien Shebab étaient au cœur de son action. Lorsqu’il s’intéressait aux évolutions de la société, les questions de défense n’étaient jamais très loin.

Dans un câble diplomatique de 2009, il faisait ainsi part de son inquiétude quant à l’offensive des prédicateurs wahhabites venus du Golfe sur l’islam éthiopien. « En conséquence, l’équilibre délicat entre musulmans et chrétiens ainsi que les attitudes historiques sur la tolérance et le respect mutuel sont remis en cause, sapant les intérêts des États-Unis dans la région », écrivait-il, avant d’ajouter : « La communauté musulmane éthiopienne a besoin de l’aide américaine pour contrecarrer l’influence extrémiste ».

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