Togo : l’opposition de retour en masse dans les rues

Des manifestants anti-Gnassingbé en 2013 à Lomé. © Erick Kaglan/AP/SIPA

Les deux journées de manifestations qui ont démarré ce mercredi au Togo à l’initiative de l’opposition ont été très suivies dans plusieurs villes du pays. La veille, le gouvernement avait annoncé le dépôt d’un avant-projet de loi consacrant la limitation du mandat présidentiel.

Dès les premières heures de la journée, ce mercredi, des centaines de manifestants ont répondu à l’appel de l’opposition et se sont rassemblées dans les rues de Lomé, ainsi que dans plusieurs villes de l’intérieur du pays. Les principales figures de l’opposition étaient en tête des différents cortèges : Jean-Pierre Fabre pour l’Alliance nationale pour le changement (ANC), Tikpi Atchadam du Parti national panafricain (PNP), Yawovi Agboyibo du CAR…

Après avoir reporté les manifestations prévues les 30 et 31 août, l’opposition est cette fois de retour en force dans les rues ces 6 et 7 septembre pour contraindre le gouvernement à opérer des réformes politiques. Un retour sous le sceau de l’unité, de nombreux regroupements et partis ayant appelé à soutenir les marches initiées par le Combat pour l’alternance politique en 2015 (CAP 2015), le Groupe de Six et le Parti national panafricain (PNP).

Réseaux internet perturbés

Si, jusqu’à présent, les manifestations se déroulent dans le calme dans les villes concernées, les réseaux internet mobile connaissent de fortes perturbations depuis mardi soir. Il était encore possible de se connecter via les réseaux Wi-Fi jusqu’à mercredi matin. En milieu de matinée, internet n’était disponible qu’à certains endroits de la capitale, notamment dans les centres commerciaux, les immeubles de grandes entreprises, ceux raccordés par une liaison satellitaire, et certaines administrations.

Interrogé sur une radio privée de Lomé, le ministre de la Fonction publique Gilbert Bawara a estimé que, par principe, le gouvernement n’avait « pas de contrôle sur les télécommunications », mais que « des situations sécuritaires pouvaient amener à opérer des restrictions sur les télécoms dans tous les pays du monde ».

Une situation dénoncée par l’organisation Internet Sans Frontières qui « condamne avec la plus grande fermeté cette atteinte à la liberté d’expression en ligne des citoyens togolais, et exhorte les autorités togolaises à user des voies conformes au droit International pour assurer un équilibre entre la protection des libertés, notamment la liberté d’expression, et la préservation de l’ordre public ».

Multiples revendications

Il s’agit pour l’opposition d’« exiger le retour à la Constitution originelle du 14 Octobre 1992, la révision du cadre électoral et l’instauration du droit de vote des Togolais de l’étranger ». Concrètement l’opposition réclame la suppression de la modification introduite dans la Constitution en décembre 2002 faisant sauter le verrou de la limitation du nombre de mandats présidentiels.

A l’époque, l’Assemblée nationale – contrôlée à presque 100% par le Rassemblement du peuple togolais (RPT) – souhaitait permettre au président Ganssingbé de briguer un nouveau mandat, chose faite en 2003.

La même modification a consacré un scrutin majoritaire à un tour en lieu et place du scrutin uninominal à deux tours prévu par le texte fondamental adopté en 1992 à l’issue de la « conférence nationale souveraine ».

L’opposition réclame également « la libération immédiate et sans conditions, des personnes arrêtées lors des manifestations pacifiques publiques des 19 et 20 Août 2017 et condamnées à de lourdes peine de prisons ».

Contre-pied

Réuni la veille en Conseil des ministres, le gouvernement a adopté un avant-projet de loi portant modification de la Constitution. « Ce projet de modification constitutionnelle concerne en particulier la limitation des mandats et le mode de scrutin. Cette initiative est de nature à favoriser la préservation d’un climat de paix et de sérénité indispensable pour permettre à notre pays d’intensifier les efforts visant à répondre aux préoccupations essentielles des populations en matière d’amélioration de leurs conditions de vie », peut-on lire dans le compte rendu du Conseil des ministres.

De sources gouvernementales, « l’avant-projet de loi a été pris sur la base du rapport transmis par la Commission mise en place en début d’année pour réfléchir sur la question des réformes ». Pas de précipitation sous une quelconque pression, assure-t-on, si ce n’est « la volonté du chef de l’Etat de marquer une fois encore son sens du compromis ».

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