Expulsé du Sénégal dans la nuit, Kemi Seba est arrivé ce matin à Paris

Kemi Seba lors d'un rassemblement, le 19 août à Dakar. © Clément Tardif pour J.A.

L’avion de l’activiste franco-béninois Kemi Seba a atterri ce jeudi matin à l’aéroport d’Orly, en France. Il était sous le coup d’une procédure d’expulsion qui lui avait été notifiée la veille par les autorités sénégalaises.

Kemi Seba a dû embarquer de force mercredi soir soir sur le vol Corsair SS979, qui a décollé de Dakar à 23h40 [heure locale] pour atterrir ce matin à 7h15 [heure locale] à l’aéroport d’Orly. D’après son avocat Me Koureichi Ba, l’avis d’expulsion lui avait été notifié mercredi « vers 14h [heure locale] ». « Les délais sont très courts, tout est allé très vite », avait-il déploré. Contacté par Jeune Afrique ce matin, Kemi Seba a réagi à sa manière en déclarant : « Jamais noyé, juste en apnée ».

Peu avant son expulsion, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme, la Ligue sénégalaise des droits humains et Amnesty international Sénégal avaient dénoncé dans un communiqué commun « une procédure tout à fait arbitraire, qui viole le droit au recours prévu pour les personnes visées par des arrêtées d’expulsion ».

« Menace grave pour l’ordre public »

L’arrêté d’expulsion avait été pris par le ministre de l’Intérieur, et était daté du 5 septembre au soir. « Le Gouvernement de la République du Sénégal a prononcé une mesure d’expulsion du territoire national sénégalais, à l’encontre du ressortissant franco-béninois Stélio Gilles Robert Capo Chichi, alias Kemi Seba », pouvait-on lire dans ce document rendu public dans la soirée. Outre ses récents démêlés judiciaires, l’arrêté d’expulsion souligne que Kemi Seba  « s’est fait aussi remarquer pour les propos désobligeants qu’il formule à l’encontre des chefs d’État et dirigeants africains et envisagerait de mener des actions préjudiciables à l’ordre public en appelant à des rassemblements intempestifs sur la voie publique. » Le texte, signé du ministre de l’Intérieur, justifie la décision d’expulsion par le fait que sa présence au Sénégal constitue « une menace grave pour l’ordre public ».

Les policiers sont venus chercher Kemi Seba à son domicile en milieu de journée pour l’emmener au poste de la police des étrangers de Dakar, à Dieupeul. « Ils lui ont demandé de le suivre pour vérifier sa situation administrative. Il les a accompagné sans faire d’histoires », raconte à Jeune Afrique un militant de la société civile, proche de Kemi Seba, qui était avec lui au moment de l’interpellation et l’a suivi jusque devant les locaux de la police des étrangers, avec d’autres soutiens de cet activiste qui défraie la chronique à Dakar et au-delà depuis qu’il a brûlé un billet de 5 000 francs CFA, le 19 août dernier.

Les services de police ont « pu constater qu’il a un passeport français ainsi qu’un passeport béninois qui, lui, n’est actuellement plus valable », a expliqué à JA une source au sein de la police sénégalaise.

La procédure a été initiée sur la base du « trouble à l’ordre public » que constitue la présence de Kemi Seba sur le territoire national sénégalais. L’appel lancé par le collectif d’organisations constituant le Front anti-CFA à une manifestation le 16 septembre prochain aurait servi d’accélérateur à la décision d’engager une procédure d’expulsion.

Kemi Seba a été poursuivi en justice – suite à une plainte déposée par la BCEAO – pour avoir brûlé un billet de 5 000 francs CFA, le 19 août dernier lors d’une manifestation. Jugé par le Tribunal des flagrants délits de Dakar, après quatre jours passés en détention, il avait finalement été relaxé, le 29 août. Mardi 5 septembre, le parquet de Dakar a fait appel de cette décision. Aucune date n’avait encore été fixée pour le procès en appel.

Le débat sur le CFA relancé

Le président de l’ONG Urgences Panafricanistes a, par son geste, relancé de manière spectaculaire le débat sur le franc CFA, qu’il accuse d’être un instrument au service du néocolonialisme français. En décembre 2016, il s’était vertement attaqué au chef de l’État sénégalais Macky Sall, après une déclaration de celui-ci sur son attachement au franc CFA. Il avait alors accusé le président sénégalais d’avoir livré une déclaration d’« amour pour l’esclavage économique, la soumission politique et la dépendance endémique vis-à-vis de l’oligarchie française », comme le rappelle Jeune Afrique dans son édition du 3 au 9 septembre.

Dans la voiture de police qui l’emmenait dans les locaux de la police des étrangers de Dakar, Kemi Seba a eu le temps d’envoyer un texto : « C’est démesuré tout ça ».

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