Côte d’Ivoire : le scénario d’une évasion rocambolesque

Des policiers ivoiriens en opération, en 2015 © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Dimanche, 98 détenus se sont échappés de la prison de la ville Katiola. Cette évasion, la troisième en moins d’un mois, vient renforcer le sentiment d’insécurité dans le pays.

C’est selon un scénario rocambolesque que s’est déroulée l’évasion massive de la prison de Katiola, une petite ville située au nord Bouaké. Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, il était environ 05h30 du matin dimanche 3 septembre, lorsque l’opération a débuté. Une certaine confusion régnait alors, l’heure étant celle à laquelle les « corvéables » – des détenus chargés de réaliser le ménage ou les courses pour la prison – quittent leurs cellules pour réaliser les tâches qui leur sont assignées.

En quelques minutes, trois à quatre prisonniers sont parvenus à quitter leurs cellules par un trou qu’ils avaient réalisé dans la toiture. Une fois à l’extérieur, ces hommes se sont emparés d’armes qu’ils avaient auparavant dissimulées. Profitant de l’effet de surprise, ils ont alors mis en joue certains des gardes pénitentiaires, et les ont contraints à ouvrir les cellules d’autres détenus.

Au total, 98 prisonniers sur les 189 que comptaient cette petite prison se sont échappés. Selon le directeur de l’administration pénitentiaire, Joachim Kongoué Koffi, cité par l’AFP, les responsables du centre pénitentiaire ont été limogés et « trente-six » détenus en fuite ont été rattrapés par les forces de l’ordre. Les recherches se poursuivent pour retrouver d’autres évadés.

Nombreuses zones d’ombres

Selon Joachim Koffi Kongoué, le directeur de l’administration pénitentiaire, une enquête a été ouverte pour « situer les responsabilités relativement à cette évasion. Par ailleurs, le Garde des Sceaux invite les populations à garder leur calme ». De nombreuses zones d’ombre persistent en effet tant sur le mode opératoire que sur l’identité des prisonniers évadés.

Comment une opération de cette ampleur a-t-elle été possible ? Quelles ont été les complicités ? Selon plusieurs sources, les meneurs seraient d’anciens compagnons de Yacouba Coulibaly, plus connu sous le surnom de « Yacou le Chinois ». Le détenu le plus célèbre de Côte d’Ivoire, tué en février 2016 dans une fusillade à la MACA (Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan) avait d’abord été incarcéré en 2010 pour son passé de délinquant, s’étant illustré dans des affaires de vol et d’agressions. Il était parvenu à s’échapper lors de la crise post-électorale et avait réapparu en 2011 en tant que membre des FRCI (Forces républicaine de Côte d’Ivoire) loyales à Alassane Ouattara, avant de retourner en prison. Il y avait ensuite régné en maître.

Recrudescence de l’insécurité

En moins d’un mois, c’est la troisième évasion dans le pays. Mais cette fois, le nombre de prisonniers échappés est bien plus important. Début août, 5 détenus étaient parvenus à s’enfuir de la prison de Gagnoa, dans le centre du pays, puis, le 9 août, une vingtaine de prisonniers s’étaient évadés du tribunal d’Abidjan, la capitale économique.

Alors que depuis le début de l’année la Côte d’Ivoire a été confrontée à plusieurs mutineries et que les attaques de postes de police et de gendarmerie se multiplient – la dernière a eu lieu dans la nuit du 2 au 3 septembre, à une vingtaine de kilomètre d’Abidjan -, cette recrudescence de l’insécurité inquiète. Selon les informations de Jeune Afrique, ce lundi, le président ivoirien Alassane Ouattara a convoqué un Conseil national de sécurité extraordinaire pour examiner la situation.

 

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