La LRA de Joseph Kony « survit » dans le sud-est de la Centrafrique

Par Jeune Afrique

Un soldat de l'UPDF, l'armée ougandaise engagée dans la lutte contre la guerilla de la LRA. © AFP

La guérilla ougandaise de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) continue de semer la terreur dans le sud-est de la Centrafrique, notamment grâce à certains éléments de l'ex-rébellion Séléka qui apporteraient ponctuellement de l'aide à ses membres, selon des experts du dossier.

Depuis 1986, la guérilla ougandaise de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), fondée dans le but de lutter contre le régime du président ougandais Yoweri Museveni, sème la terreur sur le continent.

Après avoir opéré au nord de l’Ouganda, au Soudan du sud, en République démocratique du Congo, elle est désormais installée dans le sud-est de la Centrafrique (RCA) où elle est traquée par l’armée ougandaise et une centaine de membres des forces spéciales américaines.

À sa tête, Joseph Kony, l’Africain le plus recherché du continent notamment par la Cour pénale internationale, n’a pas dit son dernier mot. Si la LRA est affaiblie, elle n’en est pas moins active sur le territoire centrafricain où des membres de l’ex-Séléka lui viennent ponctuellement en aide, selon certains experts.

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  • La LRA "affaiblie mais toujours là !"

La LRA est "toujours active" dans le sud-est de la RCA où huit à dix attaques sont recensés par mois, d’après le coordinateur en Centrafrique de l’ONG américaine Invisible Children Guillaume Cailleaux. Des membres de la guérilla font irruption chaque semaine dans un village en brousse et "vole[nt], viole[nt], tue[nt] et kidnappe[nt]" les habitants. "Mais la LRA n’a plus aujourd’hui aucune vision politique ou religieuse", relativise-t-il. Elle serait "dans une logique de survie" et "n’a jamais été aussi faible".

  • De plus en plus de défections dans ses rangs

Depuis novembre 2013, les défections se sont intensifiées dans les rangs de la LRA au rythme de quatre à cinq par mois selon Invisible Children. D’après l’ONG, les combattants porteurs d’armes seraient entre 180 et 220. Ils étaient environ 3 000 en 2003, selon une estimation de José Carlos Rodriguez, l’un des rares experts sur le sujet.

"On pourrait penser que la LRA est sur le point de disparaître. Et pourtant, elle survit", observe-t-il. D’après le chercheur, des auxiliaires en nombre font office de porteurs, de cuisiniers et d’esclaves sexuels dans chaque cellule combattante.

  • La nouvelle tactique de Joseph Kony

Joseph Kony, le leader impitoyable de la LRA, permet à la guérilla de survivre grâce à sa grande capacité d’adaptation. Actuellement, il éparpille ses troupes en petits groupes extrêmement mobiles de cinq à dix combattants. "Il sait changer de stratégie au gré des circonstances", explique José Carlos Rodriguez.

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Le choix de la zone refuge dans le sud-est de la RCA est également un bonne décision stratégique selon le chercheur, notamment grâce à la superficie du territoire "grand comme le Rwanda et le Burundi réunis, couvert de forêts, avec une population d’à peine 40 000 habitants". La région est également proche de l’enclave de Kafia Kingi, au Soudan voisin, où Kony aurait trouvé refuge et continuerait de recevoir un soutien de Khartoum.

  • La complicité "limitée et circonstancielle" de la Séléka

En novembre 2013, le chef de la Séléka et président centrafricain d’alors, Michel Djotodia, disait être "en train de négocier" avec le chef de la LRA pour obtenir sa reddition. Michel Djotodia révélait alors que son gouvernement avait réapprovisionné les guérilleros, notamment en nourriture. Cette déclaration avait suscité scepticisme et consternation.

Selon José Carlos Rodriguez, une collaboration "informelle et opportuniste" a lié l’ex-rébellion Séléka et la LRA à Bakouma, une localité du sud-est de la RCA, menés respectivement par le général Zaccaria Damani et Otto Ladeere.

La Séléka fournit occasionnellement munitions, médicaments et nourriture à la LRA selon le coordinateur de l’ONG Invisible Children. En contrepartie, les captifs de la LRA serviraient de "creuseurs" dans les zones minières, au profit de la Séléka. José Carlos Rodriguez considère également que cette collaboration de circonstance représente une opportunité pour les chefs militaires de la Séléka de prendre pied sur ce territoire.

(Avec AFP)