Nouveau report de la présidentielle en RDC : l’UA est OK, le Rassemblement pas KO

Le président Joseph Kabila en juin 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

Le Rassemblement de l'opposition s'est dit vendredi "offusqué" par la position de l'Union africaine qui a pris acte, la veille, de l'impossibilité d'organiser les élections cette année en RDC. Une "avancée" note-t-on du côté du camp du président Joseph Kabila.

« C’est la victoire de la vérité sur les manipulations orchestrées par des officines de l’opposition et de certains médias à l’étranger. » Au bout du fil, Michael Sakombi, conseiller diplomatique et politique du chef de la diplomatie congolaise, ne cache pas sa satisfaction. Le fruit, selon lui, des tournées entamées par Léonard She Okitundu dès sa nomination. « Il s’est rendu dans la moitié des pays du continent au moins, pour expliquer la situation politique réelle en RDC et transmettre aux chefs d’État africains des messages de la part leur homologue congolais Joseph Kabila », poursuit ce proche collaborateur du vice-Premier ministre en charge des Affaires étrangères.

Élections impossibles en 2017, selon l’UA

La stratégie semble avoir payé. Réuni à Addis-Abeba le 23 août pour examiner la situation en RDC, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a rendu publiques le 31 août les conclusions de sa 712è réunion. Des prises de position qui soutiennent la démarche du régime de Joseph Kabila dont le second mandat constitutionnel a pris fin théoriquement en décembre 2016.

La publication du calendrier électoral n’est désormais que question de jours. »

L’accord de la Saint-Sylvestre avait accordé un sursis d’une année au chef de l’État, le temps d’organiser l’élection de son successeur. Mais cette échéance de décembre 2017 paraît désormais hypothétique. L’UA dit apporter son soutien à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qui a déjà enrôlé « près de 98 % d’électeurs éligibles ». Et l’exhorte, « en concertation avec le CNSA et le gouvernement, à évaluer objectivement l’ensemble du processus électoral afin de procéder à la publication, dans les meilleurs délais, du calendrier électoral. » « Cette publication n’est désormais que question de jours », a soufflé à Jeune Afrique une source proche de la Ceni.

Quant aux délais à tenir pour ces élections à venir, l’UA s’aligne derrière les décisions prises le 20 août par les dirigeants de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), lesquelles avaient « relevé un certain nombre de défis qui ont rendu irréaliste » la tenue des scrutins en décembre 2017. « Il s’agit à la fois des contraintes sécuritaires – cas du Kasaï entre autres – et législatives : la loi sur la CNSA mais surtout celle relative à la répartition des sièges qui ne pourra être votée qu’après la consolidation du fichier électoral », argumente Michael Sakombi. « C’est une avancée dans la compréhension par l’UA de la situation réelle en RDC », se réjouit-il.

L’UA aux côtés de Joseph Kabila

Le Conseil de l’UA ne s’arrête pas là. Il dénonce aussi les sanctions prises par l’Union européenne et les États-Unis contre les proches de Joseph Kabila.

Tout en réaffirmant « son attachement à la mise en oeuvre intégrale  de l’accord politique du 31 décembre 2006 », l’organisation continentale a également « [pris] note de la nomination » de Bruno Tshibala et de Joseph Olenghankoy, respectivement aux postes de Premier ministre et du président du Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA).

Pour l’UA, ces nominations « parachèvent la mise en place du cadre institutionnel de la transition politique. » Alors que les évêques catholiques, médiateurs de ces pourparlers, estimaient quelques mois plus tôt que ces désignations violaient l’esprit du compromis politique trouvé.

Une « honte pour l’Afrique »

Camouflet pour le Rassemblement ? Off the record, certains cadres de cette principale plateforme de l’opposition congolaise l’admettent et soulignent leur « incompréhension » face à ces prises de position de l’UA qui vont « à l’encontre des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ».

Mais « cela ne change rien dans notre lutte, nous allons continuer le combat avec le peuple », explique pour sa part Christophe Lutundula, membre du G7, regroupement politique qui soutient la candidature de l’opposant Moïse Katumbi à la présidentielle. Ce haut-responsable du Rassemblement se dit « pas surpris » par les annonces de l’UA. « Cela fait partie de la stratégie bien connue de Kabila. Chaque fois que le ton monte au Conseil de sécurité contre son pouvoir, il se tourne vers ses pairs du continent », décrypte le député.

« Ces décisions du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, c’est une honte pour l’Afrique. C’est ce qui nous offusque au sein du Rassemblement », conclut Christophe Lutundula, promettant une déclaration de la plateforme dans les prochaines heures.

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