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Hajj 2017 : en Côte d’Ivoire, ces arnaqueurs qui n’ont pas peur de Dieu…

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © J.A. / Glez

Réputé premier rassemblement mondial en termes de participants, le pèlerinage de la Mecque a toujours fait saliver les organisateurs véreux. Cette année, c’est le Hajj de centaines d’Ivoiriens qui a été compromis…

On connaissait les malandrins qualifiés de « nés avant la honte », capables de métamorphoser les événements les plus sacrés en sources de revenus illicites, notamment les funérailles en festivals de pickpockets. À un stade supérieur règnent les « même pas peur de Dieu ». C’est ainsi que les pèlerinages aux lieux saints de La Mecque aiguisent à ce point les appétits que des États pourtant laïcs ne peuvent s’empêcher de glisser une phalange dans leur organisation.

L’édition ivoirienne du Hajj 2017, par exemple, a permis le départ de 4 200 pèlerins enregistrés au titre du très officiel « contingent de l’État ». Cette organisation n’interdit pas un contingent privé qui, cette année, dénombrait 1 620 voyageurs ; ou plutôt « présumés » voyageurs, puisque 295 d’entre eux n’ont pas vu le tarmac s’éloigner par le hublot. En Côte d’Ivoire comme ailleurs, les pèlerins sont parfois des excursionnistes peu expérimentés qui économisent toute une vie, souvent 4 ou 5 millions de francs CFA, pour ce qui sera peut-être l’unique périple international de leur existence. Peu au fait de logistique et de démarches administratives, ils s’en remettent quelquefois à tort à des organisateurs au mieux défaillants, au pire véreux.

De nombreux précédents

Selon les informations officielles, les candidats ivoiriens malheureux au séjour saoudien avaient fait appel aux opérateurs « Méridien Hadj et Oumra » et « EIMPC ». Après une manifestation désespérée à Treichville, 263 personnes ont découvert qu’elles étaient illégalement inscrites, ne pouvant donc obtenir les documents de voyage nécessaires. Par la voix du Directeur général des cultes, Bamba Messemba, les autorités ont indiqué, ce dimanche, que des responsables des agences fautives avaient été « interpellés et répondront de leurs actes ». Les frontières étant fermées aux pèlerins depuis le 26 août à minuit, le seul miracle que les croyants peuvent désormais espérer est un remboursement de leur pécule. Pour la suite de leur accomplissement spirituel, les autorités proposent aux victimes d’être inscrites « prioritairement sur la liste du contingent étatique pour l’édition 2018 ».

Les organisations défaillantes et les arnaques patentées ne sont pas une nouveauté dans le monde du Hajj, quelle que soit l’année et quel que soit le lieu d’embarquement des musulmans concernés. Si la Côte d’Ivoire fait la une en 2017, c’est dans la région française de Toulouse, en 2016, que des avions théoriquement dédiés aux pèlerins ne décollèrent jamais. Des sites consacrés à la pratique confortable de l’islam, comme imanemagazine.com, mettent chaque année en garde les candidats au cinquième pilier de leur religion, invitant notamment à se méfier des tarifs trop attractifs ; puisqu’il ne suffit plus de conjurer le mauvais sort en criant aux apprentis escrocs : « Dieu vous voit ! »