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RDC – Burundi : quand les jeunes du parti de Kabila s’affichent avec les Imbonerakure

Des Imbonerakure dans le quartier de Kinama, dans la capitale burundaise, le 25 mai 2015.. © Berthier Mugiraneza/AP/SIPA

La ligue des jeunes du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation politique du président congolais Joseph Kabila, a répondu favorablement le weekend dernier à une invitation des Imbonerakure, mouvement de jeunesse burundais affilié au CNDD-FDD, le parti au pouvoir. Ces jeunes sont soupçonnés d'être une milice supplétive des forces armées burundaises. Un affichage assumé qui suscite la controverse à Kinshasa.

Depuis quarante-huit heures, la polémique enfle petit à petit sur les réseaux sociaux. Surtout sur l’application mobile de messagerie instantanée WhatsApp où circule un cliché montrant le président burundais, Pierre Nkurunziza, tout sourire au milieu des jeunes du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), principale formation politique de la coalition au pouvoir en RDC.

Un commentaire, qui se veut alarmant, accompagne cette photo prise le samedi 19 août à Gitega, à l’est de Bujumbura : « Les jeunes du PPRD au Burundi pour une rencontre avec les Imbonerakure », ces membres de la ligue de la jeunesse du parti au pouvoir au Burundi qui sont soupçonnés d’être l’un des principaux instruments de répression du régime de Pierre Nkurunziza.

Début avril, les Imbonerakure étaient de nouveau mis en cause pour une vidéo embarrassante dans laquelle on pouvait voir certains jeunes affiliés du conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD) menacer « d’engrosser » leurs adversaires politiques. Pis, dès 2014, un document confidentiel du bureau des Nations unies au Burundi alertait New York et les envoyés spéciaux de la région de la distribution d’armes aux Imbonerakure. Ces derniers auraient par la suite joué un rôle de supplétifs des forces de l’ordre pour réprimer les manifestants opposés au troisième mandat de Nkurunziza.

Un rapprochement qui ne fait pas l’unanimité en RDC

Ce qui pousse certains, au sein de la famille politique au pouvoir à Kinshasa, à prendre quelques distances. « Nous n’avons pas besoin d’un tel affichage avec une ligue des jeunes controversée », explique un cadre de la Majorité présidentielle (MP) qui a requis l’anonymat. « Tenter de dupliquer le modèle burundais en RDC, c’est faire fausse route », estime-t-il, appelant les jeunes du PPRD à « mettre fin à ce copinage avec des jeunes qui sont soupçonnés d’être une milice par les Nations unies ».

« Il n’y a point de raison de s’offusquer », rétorque-t-on du côté des instances dirigeantes de la jeunesse du PPRD. « Il ne s’agissait pas d’une rencontre bilatérale entre les Imbonerakure et nous », indique à Jeune Afrique son président national Patrick Nkanga. Plusieurs autres structures de jeunes des partis africains, voire non africains, étaient en effet présents ce jour-là à Gitega.

Nos rapports sont beaucoup plus approfondis avec les jeunes de la MPLA qu’avec les Imbonerakure

Pourquoi les jeunes du PPRD étaient à Gitega

« Nous ne sommes pas allés au Burundi pour soutenir une milice, mais pour répondre à l’invitation d’une structure civile d’un parti ami », se défend-il, balayant d’un revers de la main toutes les accusations accablantes qui pèsent les Imbonerakure. « C’était dans le cadre des rapports structurels que nous entretenons avec les ligues des partis de la région », ajoute celui qui fait également partie des conseillers politiques du chef de l’État congolais.

« Nos relations sont d’ailleurs plus approfondies avec des ligues de jeunes de la MPLA en Angola, de la Zanu-PF au Zimbabwe, du Frelimo au Mozambique ou de la Swapo en Namibie qu’avec les Imbonerakure », nuance-t-il.

Et pour tenter de minimiser davantage la portée de ce rapprochement controversé, l’on souligne au PPRD que c’était une « petite délégation » qui était dépêchée à Burundi pour participer au « grand rassemblement annuel » des Imbonerakure. « C’est le premier adjoint au vice-président en charge de la sensibilisation qui a conduit l’équipe », nous souffle-t-on. Suffisant pour calmer la polémique ?