Afrique du Sud : la vente des entreprises de la famille Gupta est-elle un écran de fumée ?

Le richissime homme d'affaires Atul Gupta dans les rues de Johannesburg, en septembre 2010. © AP/SIPA

Cernée par les accusations de corruption et de blanchiment, boudée par les banques, la fratrie indienne, proche du président Jacob Zuma, a vendu ses actifs médiatiques et miniers en Afrique du Sud. Mais les acheteurs semblent avant tout servir de prête-noms.

Les Gupta chercheraient-ils à sécuriser leurs acquis ? Fragilisés depuis la publication en novembre 2016 du rapport de l’ex-médiatrice de la République sur la « capture de l’État » et les révélations en cascade des #GuptaLeaks, les trois frères ont annoncé la cession de plusieurs de leurs entreprises.

Lundi 21 août, leur holding Oakbay déclarait vendre son bras médiatique : le journal The New Age et le chaîne de télévision ANN7, le tout pour 450 millions de rands (28,8 millions d’euros). L’acquéreur est Mzwanele Manyi, surnommé Jimmy, patron de la compagnie Lodidox. Ce contrat éveille les soupçons. D’abord parce que « Jimmy » Manyi est l’ancien porte-parole du gouvernement sud-africain, un fidèle du président Jacob Zuma et une connaissance de la fratrie indienne. Ensuite, parce que l’acheteur a emprunté la somme servant à l’acquisition auprès des Gupta eux-mêmes, sans que ne soit précisé le mode de remboursement.

Deux jours plus tard, c’est la vente de Tegeta Exploration & Resources qui était annoncée. L’entreprise minière, propriété des Gupta, est rachetée 2, 97 milliards de rands (190 millions d’euros) par Charles King SA, compagnie basée en Suisse. Son propriétaire serait Amin Al Zarooni, présenté par Oakbay comme un « important homme d’affaires aux Émirats arabes unis ». Là aussi, le deal soulève plusieurs interrogations. En effet, la société Tegeta est depuis le mois d’août sous le coup d’une enquête du ministère des Finances, investigation liée à l’acquisition trouble et visiblement irrégulière d’une mine de charbon sud-africaine. Pourquoi donc une entreprise investirait près de 3 milliards de rands dans une société sujette à enquête ?

Soupçons de fuite à l’étranger

D’autres soupçons planent au-dessus de ce contrat minier. D’après les #GuptaLeaks publiés par la presse sud-africaine, l’acquéreur Amin Al Zarooni aurait déjà servi de prête-nom aux Gupta, lorsque ceux-ci ont monté une structure à Dubaï leur servant apparemment à dissimuler des biens. L’origine des liquidités de la famille indienne fait de plus en plus débat, jusque chez ses partenaires bancaires. En juillet dernier, la Bank of Baroda, dont le siège social est basé en Inde, annonçait qu’elle fermerait tous les comptes liés aux Gupta d’ici la fin de ce mois d’août, la réputation des hommes d’affaires sentant de plus en plus le souffre. La banque emboîtait le pas à quatre autres institutions financières ayant pris une décision similaire en 2016.

Cette succession d’opérations douteuses a fait tiquer le parlement sud-africain. Le jour de l’annonce de la vente de Tegeta, l’ancien ministre des Finances Pravin Gordhan, personnage politique respecté qui, en mars, a payé au prix de son éviction du gouvernement son opposition à Jacob Zuma sur la gestion des deniers publics, a répété l’urgente nécessité d’accélérer les enquêtes concernant les actifs cédés par Oakbay. « Il ne s’agit pas de citoyens ordinaires achetant et vendant un simple bien. Ces entités et ces compagnies sont impliquées dans la capture de l’État », a-t-il professé.

L’Alliance démocratique (DA), parti d’opposition, a renchéri en exprimant les craintes d’une possible fuite des Gupta à Dubaï, l’émirat n’ayant aucun accord d’extradition avec l’Afrique du Sud. À l’Assemblée nationale, le vice-président de la nation arc-en-ciel, Cyril Ramaphosa, a tenté de calmer l’anxiété des députés en leur assurant que ces affaires « ne seront pas mises de côté ou balayées sous le tapis (…) Nous nous en occuperons d’une manière ou d’une autre. »

 

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