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Maroc : les chiffres alarmants des violences faites aux femmes

Manifestation contre le harcèlement sexuel des femmes le 17 mars 2012 à Rabat. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

La vidéo choc diffusée dimanche 20 août de la jeune fille agressée sexuellement dans un bus a imposé sur la scène médiatique un sujet tabou au Maroc. Les chiffres le montrent : les agressions contre les femmes sont monnaies courantes et sont même en augmentation.

Malgré son extrême violence, la scène du viol d’une jeune fille dans un bus casablancais est loin de constituer un fait exceptionnel au Maroc. Cet été, comme tous les ans, plusieurs vidéos ont montré des scènes d’agressions sexuelles dans les rues. Le 11 août, une meute de jeunes a poursuivi une jeune fille marchant seule à Tanger sous prétexte qu’elle portait une tenue aguicheuse. En 2015, deux jeunes filles portant des jupes ont été prises à partie par une foule déchaînée dans la ville d’Inezgane, au sud du pays.

Au Maroc, contrairement à l’Algérie et tout récemment à la Tunisie, il n’existe aucune loi spécifique contre les violences que subissent les femmes. Un projet de loi dans a bien été élaboré en 2013. Il a sommeillé dans les tiroirs du gouvernement islamiste jusqu’en 2016. Cette année-là, sous la pression des ONG de droits de l’homme, le gouvernement était contraint d’accélérer son adoption et de le soumettre au Parlement. Un an plus tard, le projet n’a toujours pas été adoptée.

Vide juridique

S’il n’existe aucune définition juridique de la violence physique contre les femmes, certains aspects ont été criminalisés. C’est notamment le cas de la violence conjugale, punissable d’un mois à un an de prison, ou de l’attentat à la pudeur avec violence qui peut valoir à son auteur de 5 à 10 ans de réclusion, selon l’article 485 du Code pénal.

Celles qui se font harceler sexuellement dans la rue n’ont, en revanche, aucune protection juridique tant que le projet de loi qui traîne au Parlement n’a pas été adopté.

Pourtant, il y a urgence ! Dans un rapport gouvernemental publié en 2015, les affaires de violences physiques soumises aux tribunaux marocains en 2014 sont en augmentation de 8,33% par rapport à 2013. Elles sont commises par des hommes majeurs dans environ 88% des cas. Dans ce rapport, la violence physique est définie comme toute forme d’atteinte à l’intégrité physique d’une femme. Sont concernés, les coups et blessures, les homicides, l’avortement (interdit par la loi marocaine), la séquestration ou encore le trafic de femmes.

 

Les juridictions de Marrakech, El Jadida, Kénitra, Rabat et Béni Mellal enregistrent plus de la moitié des affaires recensées. Ces provinces sont-elles les plus violentes pour les femmes au Maroc ? Il faudra une étude sociologique pour y répondre. Mais le rapport fait remarquer qu’à Kénitra par exemple, une ville qui reste peu peuplée par rapport à Casablanca ou Rabat, les agressions violentes, c’est-à-dire celles menant à une incapacité physique de plus de 20 jours, sont très importantes.

Un espace public hostile 

Le rapport permet de dresser un portrait robot approximatif des femmes subissant les violences physiques : elles habitent essentiellement dans les villes, sont âgées de 18 à 45 ans et n’ont pas d’emploi. C’est en tout cas ce qui ressort des plaintes pour agression déposées auprès de la police nationale en 2014. Mais, pour autant, on ne peut pas affirmer que la violence à l’égard des femmes est seulement un phénomène urbain. Par pudeur ou par manque de structures d’aide, les femmes rurales ne dénoncent pas les agressions qu’elles subissent et préfèrent se ranger dans le silence.

Autre réalité alarmante soulignée par la police nationale, les lieux publics sont les endroits où ces violences sont les plus manifestes.

 

 

En ce qui concerne les agressions à caractère sexuel, elles ont constitué 8,6% des affaires de violences physiques enregistrées dans les tribunaux marocains en 2014. Et elles sont, en grande majorité, commises par des hommes majeurs. Le viol est l’acte d’agression le plus répandu avec une part de 70%. Il remonte de plus en plus à la surface grâce aux réseaux sociaux, soulignant les travers d’une société tiraillée entre conservatisme et modernité.