Mascarades africaines : Daniel Henriot, cet étonnant voyageur

Mascarades africaines. Souvenirs d'un étonnant voyage, de Daniel Henriot, éd. France Univers. © DR

Guide de chasse, Daniel Henriot a bourlingué à travers le continent durant plus d'un demi-siècle.

Aussi éloignée des officines de la Françafrique que des âneries savantes, la vie africaine de Daniel Henriot commence en 1946, quand un gosse bien élevé quitte les Ardennes et troque le confort d’un lieu où rien n’arrive pour tâter du dénuement sur une terre d’intensité. Coureur de lunes plus que de sinécures, il se fait commodore d’une galère barbaresque, de Gorée aux Bissagos, d’une Guinée à l’autre, du royaume de Kahel au fleuve de sable, ce Niger qu’il vénère.

Des terres du roi Denis à celles de Léopold, des pays de coupeurs de bois aux faubourgs de coupe-jarrets, il aura partagé les coutumes et le rhum des villageois. La gibecière chargée de références autant que de cartouches, il convoque à ces ripailles Mungo Park et René Caillié, Du Chaillu et Brazza, tout en y ajoutant une geste personnelle qui, de coups tordus en révolutions, l’aura conduit au Gabon du croco au Congo de toutes les combines.

À l’heure où la Cen­trafrique s’ouvre aux charmes du tourisme cynégétique, le voilà chasseur professionnel qui, de buffles en éléphants, se voit amodier 1 million d’hectares. Patatras : pour avoir dénoncé les pillards d’ivoire, le voilà devant le tribunal d’Ubu-Bokassa. Notre héros suppute le verdict : "sévèrement fusillé", ou expulsé pour crime de lèse-majesté ? Henriot sur le Chinko, ce fut, d’avis de spécialistes, une des plus nobles pages de l’histoire de la chasse et de la nature.

Ne reste au bout du conte que le meilleur d’une symbiose qui fut d’ordre fusionnel. Avoir été épargné de ce terme de "cochon gratté" qui affuble le Blanc ! Henriot aura été un bilakoro ("incirconcis") avant de devenir, en jouant du harpon et du douk-douk, un baba dans les villages. "Je voulais être noir et suis resté l’autre." Mais cet autre à qui, pendant que les massacres dévoraient le nord du Zaïre, un chef mangbétou accordait asile au bord de la rivière Uélé, assis devant sa case bien peignée, tirant sur le chanvre d’une de ces pipes en bambou dont la fumée nimbe la réalité d’un flou merveilleux.

Étonnant voyage ? Pas si surprenant si l’on se range à cette évidence : qu’il soit Pygmée ou Ardennais, l’homme de la forêt est d’abord un homme libre.

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