Rwanda : Paul Kagame prête serment à Kigali

Par - à Kigali

Paul Kagame est entré dans son troisième mandat vendredi 18 août, à Kigali. © Jerome Delay/AP/SIPA

Devant des milliers de Rwandais et de très nombreux chefs d'État africains, Paul Kagame a prêté serment ce vendredi 18 août, ouvrant pour de bon son troisième mandat. 

Des centaines de personnes se pressaient déjà à huit heures et demie ce 18 août aux abords du stade Amaharo − « paix » en kinyarwanda −. Le quartier de Remera, à Kigali, qui jouxte le stade, était quant à lui bouclé et quadrillé par la police. Dans l’enceinte de l’édifice, une foule d’environ 30 000 personnes attendait sagement la prestation de serment du « Perezida » Paul Kagame, 59 ans, chef de l’État depuis 23 ans, et réélu avec plus de 98% des voix début août pour un troisième mandat.

30 000 personnes ont assisté à la prestation de serment de Paul Kagamé vendredi 18 août 2017.

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De nombreux chefs d’État africains présents

À l’intérieur du stade, le soleil tapait fort. Les spectateurs, nombreux à être venus avec des maillots de l’équipe nationale rwandaises ou des t-shirts du Front patriotique rwandais (FPR), tentaient de se protéger la tête de la chaleur à l’aide des milliers de petits drapeaux rwandais distribués aux abords du stade. À l’ombre, derrière et sur les côtés de la tribune qui attendait le Président, des dizaines d’officiels patientaient.

Butera Knowless, star nationale, a pris le micro pour un show qui n’a pas calmé l’impatience de la foule. Vers dix heures, un groupe de batteurs de tambours a finalement pris place face à l’estrade d’honneur, et la foule s’est tue pour admirer le défilé des chefs d’État invités. Pendant plus d’une heure, ce fut de fait un long ballet de voitures, entrant et sortant par cortège de trois, déposant chaque convive devant la tribune.

Brahim Ghali, président de la République arabe sahraouie démocratique a ouvert le bal. Ont suivi Alpha Condé, président de la Guinée et actuel président de l’Union africaine, Denis Sassou-Nguesso, président de la République du Congo, le vice-président nigérian Yemi Osinbajo, Omar el-Béchir du Soudan, Salva Kiir du Soudan du Sud − tous deux très chaleureusement applaudis par la foule − Faustin Archange Touadéra de la République centrafricaine (dont des troupes sont entraînées à Kigali), et le Gabonais Ali Bongo Ondimba,  qui n’a pas manqué de saluer les tribunes après avoir fait face, comme tous les autres, aux troupes rwandaises.

Parmi les invités Denis Sassou-Nguesso, Ali Bongo Ondimba, Macky Sall…

Étaient aussi présents Mahamadou Issoufou du Niger, le Sénégalais Macky Sall, Faure Gnassingbé du Togo, Uhuru Kenyatta, le président kenyan fraîchement réélu et très applaudi lui aussi, Ismaïl Omar Guelleh de Djibouti, le Zambien Edgar Lungu, Hage Geingob de Namibie, Manuel Pinto da Costa de Sao Tomé-et-Principe, et Idriss Déby Itno du Tchad. Moussa Faki, président de la Commission de l’Union africaine était également de la partie. Yoweri Museveni, le président ougandais a quant à lui explosé les compteurs à l’applaudimètre, salué par des tribunes en effervescence quand son nom a été prononcé.

Rares sont les présidents qui peuvent s’enorgueillir d’un tel débarquement d’homologues pour une cérémonie d’investiture…

Paul Kagame, star du jour

Le ballet terminé, ou presque, Paul Kagame a fait son entrée entre dans le stade, et est monté sur une estrade accompagné de son épouse. « Ni wowe ! » (« Que toi! ») s’est alors égosillé le stade pendant dix minutes.

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Ce sont des religieux qui ont d’abord pris la parole, face au Président. Le musulman Salih Nshimiyimana a ouvert le bal, suivi de l’archevêque anglican Onesphore Rwaje puis de Monseigneur Philippe Rukamba, représentant des catholiques. Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères, a à son tour pris le micro pour saluer les autres invités : des présidents de parlements, des ambassadeurs, des ministres comoriens, marocains, swazilandais, maliens, tunisiens, malgaches… Parmi eux, Aubin Minaku Ndjalandjoko, président de l’Assemblée nationale de la RDC, ainsi qu’Amina J. Mohammed, vice-secrétaire générale des Nations Unies et Daniel Kablan Duncan, vice-président de Côte d’Ivoire.

Sous les yeux d’un représentant de la justice rwandaise en robe rouge, Paul Kagame s’est alors installé à un pupitre pour prêter serment, son épouse à ses côtés. La foule exultait. Idem lorsqu’assis face à une table, il a signé des documents formalisant son entrée en fonction, la caméra géante du stade offrant à tous un gros plan sur sa main. On lui a a lors tendu les attributs de sa fonction : un drapeau, une constitution, un sabre, un bouclier.

Un orateur qui connaît ses gammes

Le président rwandais est alors descendu de son estrade pour passer les troupes en revue. Ce n’est que vers 14h qu’il a pris la parole, pour un discours d’une trentaine de minutes, en kinyarwanda, ponctué d’anglais. Il a salué ses deux challengers à l’élection présidentielle, qui ont récolté à deux un peu plus d’un pour cent des voix. Il a aussi remercié ceux qui s’engageaient en politique − particulièrement les jeunes et les femmes. Il a aussi rendu hommage à « l’Afrique qui a été là lorsque le Rwanda avait besoin d’elle », une Afrique dont il a précisé « qu’elle n’a pas de problème civilisationnel » et qu’elle dispose des ressources humaines suffisantes, sans avoir besoin à regarder à l’étranger.

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Et de vanter les réussites du Rwanda en matière d’équité sociale, et d’investissements dans la recherche et les nouvelles technologies. Kagame ne s’est pas attardé sur le passé douloureux du pays, à qui il a dessiné un avenir radieux. « Le Rwanda revient de loin, très loin et veut aller loin, très loin », avait aussi lâché la ministre Mushikiwabo en ouverture de son discours.

Il dégage une forme d’austérité, mais Kagamé n’en est pas moins un orateur rompu à l’exercice. Ce jeudi, il a concédé apprécier la chanson qui a émergé durant sa campagne électorale. La tête légèrement relevée, il n’a eu besoin que de suspendre un peu son discours pour que le stade l’entonne avec joie. « Il n’y a aucun combat qui me fasse peur » dit le refrain.

Il n’y a aucun combat qui me fasse peur

Puis le président a rejoint sa chaise. Le « MC », comme le présentait l’écran géant, a annoncé un dernier tour de piste pour les compagnies militaires et la fanfare et l’hymne national a résonné. Pas un spectateur qui ne connaisse pas les paroles.

La foule s’est alors dirigée vers la sortie, retenueplusieurs dizaines de minutes par des policiers distribuant des bouteilles d’eau, le temps que les invités officiels repartent en voiture. Le ciel s’est assombri et la pluie a commencé à tomber.

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