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Tunisie : Fadhel Abdelkefi quitte le gouvernement

Fadhel Abdelkefi. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Fadhel Abdelkefi, le ministre du Développement, de l'Investissement et de la Coopération Internationale, également ministre des Finances par intérim, a présenté sa démission au Chef du gouvernement, Youssef Chahed.  

Fadhel Abdelkefi a annoncé ce vendredi 18 août sur les ondes de Mosaïque FM renoncer au portefeuille des Finances qu’il gérait par intérim ainsi qu’à son poste à l’Investissement. En cause, un litige qui l’oppose notamment à la Douane tunisienne.

De quoi s’agit-il ?

L’intermédiaire en Bourse Tunisie Valeurs − dont Fadhel Abdelkefi a été directeur général − a ouvert une filiale au Maroc en 2007 sous le nom d’Integra Bourse. Cette création a engendré un transfert de 950 000 dinars, autorisé par la Banque Centrale de Tunisie (BCT) ainsi qu’un transfert de technologie, celui du système d’exploitation informatique (Valorix) estimé à 250 000 dinars. Ce montant, inscrit au débit d’Intégra Bourse, a ensuite été intégré à son capital. Cela faisait alors trois ans qu’Integra Bourse enregistrait un bilan déficitaire, jusqu’à la conduire à se retirer du Maroc et à réintégrer ses avoirs en Tunisie soit plus de 1,4 millions de dinars.

La BCT a considéré que cette conversion en capital revenait à une opération de compensation qu’elle n’a pas autorisée. La douane avait également été informée et avait exigé des réponses qui lui ont été données − une procédure courante − mais elle a lancé une procédure judiciaire à l’encontre de Tunisie Valeurs comme contrevenant aux lois sur le change et n’a pas avisé la justice du fait qu’elle a clos le dossier depuis décembre 2013.

Un jugement par contumace a été prononcé en première instance en 2014 sans qu’aucune convocation ne soit parvenue à Tunisie Valeurs. Conséquence : Fadhel Abdelefi en tant que représentant légal a été condamné par contumace à une peine de prison et à une amende de 1,8 million de dinars. L’opposition à cette sentence faite le 10 août la suspend, en attendant la comparution de Fadhel Abdelkefi, devant le tribunal de 1e instance de Tunis le 4 septembre.

Pas de soutien de la Kasbah

Droit dans ses bottes, apprécié de la scène économique internationale pour ses analyses claires et sans concessions, ce financier indépendant de tout parti a beaucoup fait depuis sa nomination en août 2016 pour que la Tunisie renoue avec l’investissement et assure 2,5% de croissance en 2017 contre 1% en 2016. Avec son franc parler, lors d’une intervention à l’Assemblée le 28 juillet, Fadhel Abdelkefi avait lancé aux députés qui critiquaient avec véhémence les orientations budgétaires de l’État : « Aidez-nous avec votre silence, pas en nous accusant de corruption et en nous insultant…» Il avait alors provoqué un tollé et mis en exergue l’incapacité des élus à « servir l’intérêt du pays ».

Fadhel Abdelkefi a souligné régulièrement qu’il travaillait avec le Chef du gouvernement et s’en remettait à ses décisions. Il n’empêche que le patron de l’exécutif, Youssef Chahed, n’a pas réagi à la polémique entourant son ex-ministre. Aucun communiqué n’a été émis par La Kasbah pour mettre fin aux rumeurs le concernant ou pour le soutenir. Les observateurs des milieux politiques assurent que le ministre de l’Investissement pourrait, par ses compétences et son aisance, faire de l’ombre à Youssef Chahed.

C’est en tout cas l’argument de ceux qui poussent le locataire de la Kasbah à briguer la présidence en 2019. En attendant, les candidats à la succession d’Abdelkefi sont nombreux dont, selon l’entourage de Chahed, Taoufik Rajhi, Ministre conseiller auprès du Président du gouvernement chargé du Suivi des Réformes Majeures.