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France-Gabon : une formule protocolaire vaut-elle adoubement ?

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Une formule protocolaire vaut-elle adoubement ? © Damien Glez/JA

Le pouvoir gabonais brandit un courrier officiel français qui semble indiquer qu’Emmanuel Macron reconnaît Ali Bongo comme son homologue légitime. Bourrasque sur les réseaux sociaux. Tempête dans un verre d’eau ?

On dirait la jubilation d’un pré-adolescent dont l’idole aurait liké son filtre “prési” sur Snapchat.

Le 9 août, à quelques jours de la fête nationale gabonaise, la direction de la communication présidentielle du Gabon diffusait un courrier transmis par les services de l’ambassade de France. Le post était estampillé « Urgent », car le message était signé Emmanuel Macron et s’adressait à Ali Bongo Ondimba en commençant par « Monsieur le Président ».

Le Net s’enflamme. Les aficionados du locataire du palais glorifient un tacle gaulois à une opposition gabonaise qui martèle, depuis le dernier scrutin, que la France ne reconnaît pas le fils Ondimba comme chef d’État légitime. Dans les heures qui suivent la diffusion du communiqué, des comptes Twitter tentent même de dénoncer une fake news. Mais Paris confirme rapidement l’authenticité du message…

Macron candidat considérait « l’élection de Monsieur Ali Bongo » comme « pleine d’incertitudes »

Pourquoi un tel emballement après une formulation ordinaire pour une lettre d’homologue à homologue ? C’est que les Gabonais gardent en mémoire les propos du même Macron, le 5 avril dernier. Dans une interview à Radio France internationale, le candidat considérait « l’élection de Monsieur Ali Bongo » comme « pleine d’incertitudes et d’inconnus, qui justifient un jugement circonstanciel ».

Avant lui, en 2016, sur une chaîne publique française, le Premier ministre d’alors, Manuel Valls, indiquait que le Gabonais n’avait pas été élu démocratiquement « au sens où on l’entend ». En juillet dernier, preuve d’amour protocolaire contre preuve d’amour protocolaire, l’opposition brandissait l’invitation officielle faite au candidat malheureux Jean Ping à se rendre dans l’Hexagone.

Sans doute convient-il de relativiser les présumés sous-textes de la lettre d’Emmanuel Macron, lequel est trop occupé à chasser les pararazzis marseillais pour s’inquiéter de la nouvelle polémique gabonaise. Sous toutes les latitudes, les messages de « bonne fête nationale » sont particulièrement stéréotypés, les “nègres” administratifs des chefs d’État se contentant d’adapter, le cas échéant, un « Monsieur le Président » en « Madame la Présidente », « Votre Majesté » voire « Votre Sainteté ».

Les messages de « fêt’ nat' » ne renferment en principe que peu d’enjeux théoriques

Certes, lorsque rencontre physique il y a, dans la cour de l’Élysée, la nature d’une poignée de main ne laisse rien au hasard, différemment interprétée si la main gauche française soutient l’avant-bras droit de l’invité ou si l’hôte descend tel ou tel nombre de marches d’escalier. À l’écrit, suite à une élection toute fraîche, la pesée des mots de félicitations tient abondamment compte des rapports d’observateurs électoraux et du contexte plus ou moins tendu du pays destinataire. Mais les messages de “fêt’ nat’” ne renferment en principe que peu d’enjeux théoriques…

Tout de même, il y a peut-être une lecture subliminale que l’on peut faire de l’analyse fiévreuse des présumés sous-textes macroniens. Si la surinterprétation politicienne du protocole épistolaire français est de bonne guerre, chacun des camps devrait se demander s’il est judicieux qu’une nation célébrant son indépendance se montre aussi quémandeuse de l’aval de l’ancien colon. Un internaute demande d’ailleurs : « Est-ce que Macron a voté lors des élections au Gabon ? »

Et quoiqu’il en soit, sur Facebook comme sur Snapchat, les supporters de Jean Ping continuent de l’appeler « monsieur le président »…