Burundi : ce qu’il faut retenir de « Rester debout », un livre consacré à Pierre Claver Mbonimpa

Pierre-Claver Mbonimpa, défenseur burundais des droits de l'homme, le 17 novembre 2016 à Paris. © Trésor Kibangula/J.A.

« Rester debout »  est un livre regroupant les entretiens menés par le journaliste écrivain Antoine Kaburahe avec l’activiste burundais Pierre Claver Mbonimpa. L’ouvrage vient d’être publié aux éditions Iwacu, en Belgique. 

Rester debout est l’histoire d’un gamin innocent, brillant en classe, qui veut devenir prêtre. Recalé au séminaire, il rêve ensuite de devenir technicien topographe. Mais là aussi, son rêve est brisé. Pierre Claver Mbonimpa ne sera jamais topographe. À la place, il deviendra l’activiste aguerri, écouté et respecté que l’on connaît aujourd’hui et qu’on surnomme le « Mandela burundais », au regard de son parcours périlleux et son courage inégalable.

Dans un exercice de questions-réponses, mené par le journaliste-écrivain Antoine Kaburahe, Mutama (le vieux), comme on le surnomme au Burundi, n’esquive rien. De l’exultation de 1962, quand le Burundi proclame son  indépendance, à sa descente aux enfers avec les crises qui suivront, il répond à tout, sans détour. Voici quelques exemples.

Le rescapé de 1972

10 ans seulement après l’indépendance, le Burundi est frappé par l’une des plus grandes tragédies de son Histoire. La première République, dirigée par Michel Micombero, un militaire Tutsi qui vient d’abolir la monarchie, met en branle une machine à tuer qui broie toute l’élite hutu sur son passage. Des milliers de personnes périssent. Pierre Claver Mbonimpa, hutu, est un jeune élève de 23 ans à l’époque. Originaire de Mwumba, à Ngozi (au nord du Burundi), il échappe de justesse aux pogroms.

Un voisin, un certain Eustache Ngabisha, n’aura pas la même chance. C’est le père du président actuel, Pierre Nkurunziza. « Ce qui est arrivé en 1972 a été le début d’une tragédie dont nous payons encore le prix… Certains parmi les dirigeants actuels ont perdu leurs parents en 1972. Parmi eux, il y en a qui en ont gardé une profonde rancœur et, qui font aujourd’hui exactement ce que faisait Micombero en 1972. Ceci explique, mais n’excuse pas, la virulence de quelques dirigeants actuels », regrette Pierre Claver Mbonimpa, face à Antoine Kaburahe.

Un demi-siècle de souffrance et de combat

Haine ethnique, criminalité, guerre, prison… Mbonimpa reste l’homme qui a tout vécu. Son combat pour les droits de l’Homme naîtra d’ailleurs en 1996, à sa sortie de prison. Il vient d’y passer deux ans, un temps suffisant pour être confronté aux dysfonctionnements de la justice burundaise. Il y a même été le boy d’un codétenu blanc, histoire d’échapper à la ration infecte et insuffisante destinée aux prisonniers.

La deuxième fois qu’il a séjourné en prison, c’était en 2014, quand il a été envoyé dans les geôles de Mpimba par le régime en place dans le cadre de l’affaire dite de « Kiliba-Ondes » sur les entraînements paramilitaires en RDC des Imbonerakure, jeunes affiliés au parti au pouvoir, le Cndd-Fdd.

L’année suivante, en 2015, alors que Bujumbura est en ébullition après la tentative de la rue, puis de l’armée de faire tomber Nkurunziza, Mbonimpa frôle la mort. Il survit à une tentative d’assassinat, après qu’il a reçu une balle au cou de la part d’un homme qu’il dit connaitre très bien, et «  qui portait la tenue policière pendant les manifestations alors qu’il n’était pas policier ».

Le témoin qui a horreur du silence

C’est sa marque de fabrique : ne jamais se taire devant l’injustice, la violation des droits humains. Le cas le plus emblématique, qui lui a valu la disgrâce du parti au pouvoir Cndd-Fdd, reste ses révélations fracassantes sur les cadavres des jeunes garçons de l’opposition flottant sur la rivière Ruvubu à Muyinga en 2006, au nord du Burundi. Il s’agit là des premières exécutions extra-judiciaires qui seront imputées à un régime qui vient tout juste de passer une année aux affaires. « Le Cndd-Fdd ne me pardonnera jamais d’avoir fait connaître le crime qui devait passer incognito », assure Pierre Claver Mbonimpa à Antoine Kaburahe.

Un assoiffé de justice

Qui répondra de l’horreur de 1972, de l’assassinat de Melchior Ndadaye en 1993, le premier président hutu dont Mbonimpa a été le chauffeur, avant d’être celui qui ira récupérer son corps ? Qui rendra compte des centaines de jeunes tombés sous les balles des hommes en tenue de police pendant les manifestations contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza ? Et Welli, et Pascal, respectivement fils et beau-fils de Mbonimpa, tous deux tués en 2015 ? Voilà la hantise de l’activiste : que justice soit rendue. « J’ai pardonné à ceux qui m’ont tiré dessus. Je souhaite un Burundi paisible, où la justice fonctionne pour tous », soupire le Mandela burundais.

Son plus beau souvenir d’enfance

Pierre Claver Mbonimpa, 68 ans, reste une figure encore en activité, et dont le parcours couvre presque toutes les dates clés de l’histoire récente du Burundi. Dans ses souvenirs d’enfance, il en garde un, le plus heureux : avoir fait partie de la chorale des écoliers qui ont chanté l’hymne national le 1er juillet 1962, date de l’indépendance du Burundi.

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