États-Unis : la future série « Confederate » suscite la polémique après les violences de Charlottesville

Trois jeunes garçons posent devant le mémorial dédié à Heather Heyer, tuée lors d'une manifestation anti-raciste à Charlotesville (Virginie, Etats-Unis) samedi 12 août 2017. © Julia Rendleman/AP/SIPA

La série « Confederate », prochaine production des créateurs de « Game Of Thrones » pour HBO, est accusée de nourrir le racisme ambiant, qui a conduit aux actes de violences survenus samedi 12 août à Charlottesville, en Virginie.

Les créateurs de la série Game Of Thrones, David Benioff et D. B. Weiss, se heurtent à une vive polémique concernant leur nouveau projet pour HBO. Il s’agit d’une série baptisée Confederate, et dans laquelle le duo imagine une issue différente à la Guerre de Sécession. Aussi, dans une réalité alternative, les États Confédérés du Sud se sont bel et bien séparés du Nord, l’esclavage est toujours légal et une troisième guerre civile se profile… Hormis la menace d’un nouveau conflit, n’est-ce pas là le fantasme que nourrissent les suprématistes blancs qui ont défilé samedi dernier à Charlottesville, en Virginie, confrontant les États-Unis à la violence raciale exacerbée depuis l’élection de Trump ? Au sortir de cette manifestation : un mort et des dizaines de blessés.

Si lors de l’annonce du projet, en juillet dernier, les critiques étaient déjà cinglantes, force est de constater qu’au regard des violences de Charlottesville, la polémique a enflé. Sur Twitter est même né le hashtag #NoConfederate, à l’initiative d’April Reign, une activiste déjà à l’origine du hashtag #OscarsSoWhite. « Ils font le choix de glorifier la suprématie blanche », a-t-elle réagi sur le réseau social le 14 août. Une salve de tweets dénonçant l’indécence de la fiction a suivi.

Comment HBO peut-elle imaginer diffuser un tel programme après ce qui s’est passé à Charlottesville ?

« Il n’y a qu’à voir Charlottesville, la première saison de Confederate est d’ores et déjà diffusée », peut-on notamment lire. « Et avec ça, ils veulent une série explorant le racisme dans une Amérique alternative… », s’émeut un autre twitto. « Voilà pourquoi nous n’avons pas besoin de votre confédération fictive. Notre cauchemar est une réalité », a également souligné une activiste anti-raciste. Deux des producteurs de la série, le couple Malcolm et Nichelle Spellman, sont également pointés du doigt dans la mesure où ils sont noirs. Dans l’ensemble, les internautes posent la question suivante : « Comment HBO peut-elle imaginer diffuser un tel programme après ce qui s’est passé à Charlottesville ? »

Le mythe de de la « Cause perdue »

L’essayiste et journaliste Ta-Nehisi Coates a également réagi dans un article publié dans le mensuel The Atlantic pour lequel il travaille. Dans The Lost Cause Rides Again, il dénonce la tendance hollywoodienne à proposer des productions mettant en avant le mythe de la « Cause perdue ». Celle-ci désigne un mouvement culturel et littéraire né peu après la défaite des États confédérés lors de la guerre de Sécession, et qui nourrit la nostalgie de la société blanche sudiste.

Coates juge aussi que « les Africains-Américains n’ont pas besoin de science-fiction ou d’une quelconque autre fiction pour leur rappeler que l’Histoire est toujours présente. Elle est à notre porte. Elle est dans la politique. Elle est sur les chaînes de télévision ». Sans oublier une saillie à l’endroit de la série Game Of Thrones, déjà soumise à la critique, entre autres parce que l’un de ses épisodes banalise le viol.

Les Africains-Américains n’ont pas besoin d’une quelconque fiction pour leur rappeler que l’Histoire est toujours présente

Mais HBO ne semble pas vouloir annuler le lancement prochain du programme. La chaîne câblée s’est d’ailleurs fendue d’un communiqué : « Nous respectons le dialogue et les inquiétudes que suscitent la série. Nous défendons le droit de chacun de s’exprimer, mais l’insinuation selon laquelle nous sommes irresponsables n’est pas méritée. HBO a une longue tradition de soutien aux scenarii intelligents et nous aborderons ce projet avec la même prévenance qui inspire tous nos programmes. Nous sommes conscients de la sensibilité de ce projet et nous y porterons le respect qu’il mérite. Il faudrait laisser le temps à nos partenaires créatifs de développer la série et ne pas juger la série avant qu’elle ne soit diffusée. » Affaire à suivre, devant le petit écran donc ?