Sierra Leone : les habitants de Freetown pleurent et enterrent leurs proches emportés par les coulées de boue

Par Jeune Afrique avec AFP

Des habitants de Freetown font la queue devant la morgue de l'hôpital Connaught pour identifier leurs proches morts dans les inondations qui ont frappé le pays lundi 14 août 2017. © Manika Kamara/AP/SIPA

Après les coulées de boue provoquées lundi 14 août par de violentes inondations qui ont fait près de 400 morts dans la capitale Freetown, les autorités sierra-léonaises ont décrété une semaine de deuil. Depuis mercredi les drapeaux sont en berne sur les bâtiments publics.

L’heure est au recueillement et aux funérailles. Alors que les habitants de la Sierra Leone pleurent encore leurs morts, dont plus de 100 enfants, emportés par les coulées de boue et les inondations qui ont frappé Freetown tôt lundi matin, les enterrements collectifs commencent ce jeudi, de nombreux corps n’ayant pu être identifiés. À midi, mercredi, une minute de silence a été observée dans la capitale.

À la morgue centrale, où règne une odeur pestilentielle, des habitants se succèdent depuis plusieurs jours pour identifier leurs proches dans des amas de corps.

Des proche des victimes des coulées de boue au Sierra Leone font la queue devant la morgue pour identifier les morts, à Freetown, le 16 août 2017. © Manika Kamara/AP/SIPA

« Je suis venu pour retrouver le corps de ma soeur. J’allais la voir lundi matin, j’ai vu un morceau de la montagne tomber sur eux et tout le monde est mort. Sa maison a été détruite », a confié à l’AFP Ishmeal Tomboyeke.

Hawa Stevens quant à elle affirme avoir perdu 28 membres de la famille suite aux lourdes inondations et aux coulées de boues à Freetown tuant des centaines personnes et laissant des centaines d’autres disparus alors que les équipes de sauvetage se sont battues pour les sauver.

Amara Kallon, père d’une enfant morte dans les inondations, à Freetown le 16 août 2017. © Manika Kamara/AP/SIPA

Non loin des familles endeuillées qui font la queue sous la pluie, d’autres célèbrent la mémoire leurs proches à l’aide de photos. Amara Kallon, qui a perdu sa fille Hawa dans les inondations, affiche pour un photographe de l’agence AP les photos de celle-ci devant la morgue de l’hôpital Connaught de Freetown.

Une des pires catastrophes de l’histoire du pays

Selon la Croix-Rouge locale, cette catastrophe, qui est l’ »une des pires de l’histoire du pays, causée par trois jours de pluies torrentielles », a fait plus de 300 morts à Freetown dans la nuit de dimanche à lundi.

« Nous savons que le bilan sera plus élevé » que les 312 morts officiellement recensés, a précisé ce mercredi Abdul Nasir, de la Croix-Rouge internationale.

Des responsables à la morgue centrale de la capitale sierra-léonaise ont déjà évoqué le nombre de 400 morts. « Nous avons reçu 105 enfants », a précisé mercredi à l’AFP Mohamed Sinneh Kamara, un employé de la morgue.

Des membres des forces de sécurité sierra-léonaises se reposent après avoir cherché des corps sous une coulée de boue à la périphérie de la capitale Freetown, mardi 15 août 2017. © Manika Kamara/AP/SIPA

Inhumations collectives

Les enterrements auxquels il a été procédés depuis mardi étaient seulement ceux de morceaux de cadavres, empilés dans des sacs mortuaires, a précisé la Croix Rouge. Les victimes qui n’avaient pas pu être identifiées en fin de journée de mercredi seront enterrées dans la localité proche de Waterloo jeudi et vendredi, aux côtés des tombes de personnes décédées pendant l’épidémie du virus Ebola (4 000 morts en Sierra Leone en 2014 et 2015).

Les survivants quant à eux sont confrontés à des conditions difficiles.

Solidarité internationale

« Nous sommes débordés », avait reconnu mardi, très ému, le chef de l’État, Ernest Bai Koroma, lors d’une visite à Regent. « Il y a un besoin en nourriture, en eau, en équipements sanitaires et en aide médicale. Comme nous sommes toujours en saison des pluies, d’autres inondations sont encore possibles », a expliqué Adele Fox, coordinatrice santé pour l’ONG Concern Worldwide.

Pour l’heure l’aide internationale commence à arriver au compte-gouttes : « l’ambassade d’Israël au Sénégal a envoyé 20 000 portions de nourriture et « de l’eau propre, des couvertures et d’autres produits nécessaires vont suivre » selon les sources sur place.

Le Programme alimentaire mondial de l’ONU a également commencé à distribuer de l’aide à 7 500 personnes, tandis que le Royaume-Uni participe à la coordination des opérations avec les autorités de son ancienne colonie, indépendante depuis 1961.

La Croix-Rouge a quant à elle débloqué 275 000 dollars (234 000 euros) pour les opérations de recherche et pour apporter les premiers secours à quelque 9 000 habitants de Freetown. À Bruxelles, la Commission européenne a annoncé mettre à disposition une première aide humanitaire d’urgence de 300 000 euros.

Des volontaires de la Croix Rouge en Sierra Leone recherchent des corps après une coulée de boue à Freetown, lundi 14 août 2017. © AP/SIPA

Je suis profondément attristé

Les messages de condoléances et de solidarité se sont multipliés mercredi, dont celui du Pape François, qui s’est dit « profondément attristé », ou ceux des dirigeants des pays voisins.

Le président de la Guinée et chef de l’Union Africaine, Alpha Condé, qui a effectué mardi une visite à Freetown, a lancé un appel à la mobilisation internationale pour la Sierra Leone, l’un des pays les plus pauvres au monde.

Située en bordure de mer, Freetown, surpeuplée avec environ 1,2 million d’habitants, est frappée chaque année par des inondations qui entraînent leur lot de maladies : dysenteries et choléra notamment. Des habitations précaires sont régulièrement emportées par des pluies torrentielles, mais jamais jusqu’ici à une telle échelle.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici