France : doit-on déboulonner les statues de Bugeaud, « héros » sanguinaire de la conquête coloniale ?

La statue de Bugeaud qui trônait à Alger et a été réinstallée en 1999 à Excideuil, en Dordogne (France). © Père Igor/Wikipedia

Inspirés par des militants américains, des internautes français appellent à se défaire des statues et des plaques en l'honneur du maréchal Bugeaud et de revenir sur les non-dits du passé colonial français.

Des journalistes du quotidien Sud Ouest ont récemment vu en lui un « soldat laboureur et un homme politique visionnaire », mais sur Facebook, des internautes l’ont désigné comme « une grosse crapule », un « boucher en uniforme », un « criminel de guerre » qui ne mérite ni statues ni rues à son nom en France. Thomas Robert Bugeaud (1784-1849) fait encore débat, 168 ans après sa mort.

Qui est Bugeaud ? Ce militaire français devenu maréchal, s’est tristement illustré comme gouverneur général de l’Algérie, où il fut l’un des artisans les plus féroces de la « pacification ». Ses méthodes sont connues et documentées : massacres de civils, déplacements de populations, tortures, « enfumades » (il proposait d’enfumer « comme des renards » et donc d’asphyxier tous ceux, civils compris, qui se réfugiaient dans des grottes) et politique de la terre brûlée.

Déjà mis en cause de son vivant, il avait face à lui des adversaires d’envergure, comme un certain Victor Hugo. Depuis peu, ce sont des internautes qui reviennent sur l’empreinte qu’il a laissée dans l’Histoire de France : il y a deux jours, des internautes ont créé une page sur Facebook « Déboulonnons Bugeaud, la statue de la honte », suivie par plus de 200 personnes.

De Charlottesville à l’Histoire de France

Mais pourquoi revenir aujourd’hui sur des faits datant de plus d’un siècle et demi ? À l’origine de la création de la page, un certain Anatole, qui préfère garder l’anonymat pour que son action militante reste « sans label », explique avoir été inspiré par l’actualité américaine. Ce « simple Français », sensible aux questions liées au racisme et à l’histoire coloniale, s’est intéressé à cette statue d’un soldat des États sudistes, favorables à l’esclavage, qui a récemment été « abattue » par des militants à Charlottesville. En Afrique du Sud, il y a deux ans, c’était un monument célébrant le colonisateur britannique Cecil Rhodes qui était retiré de l’Université du Cap suite à la contestation tenace des étudiants.

« Nous aussi devons nous pencher sur notre mémoire politique et sur les non-dits de l’histoire coloniale, estime Anatole. L’historien Daniel Lefeuvre invitait dans un de ses ouvrages à « en finir avec la repentance. » Mais comment en finir, comment digérer ce passé, alors que la plupart des Français ne le connaissent pas réellement, et que l’on continue à célébrer des militaires qui seraient aujourd’hui considérés comme des criminels de guerre ? »

Les internautes ne donnent pas de modus operandi pour se débarrasser des trois statues ou des plaques posées en l’honneur du maréchal. « Il s’agit avant tout d’alimenter une réflexion autour d’un passé qui ne passe pas », souligne l’internaute. Des pistes, un poil provocatrices, ont néanmoins été évoquées : rebaptiser les rues Bugeaud en utilisant les noms de l’écrivain algérien Kateb Yacine, qui dénonçait la colonisation, ou de Lalla Fatma N’Soumer, figure de la résistance kabyle.

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