« C’était une course contre la mort » : un médecin raconte sa nuit à l’hôpital après l’attentat de Ouagadougou

Par - à Ouagadougou

La terrasse du café-restaurant Aziz Istanbul au lendemain de l'attentat commis dans la soirée du 13 août. © Alain Didier Compaoré /AP/SIPA

Jeune Afrique a rencontré le docteur Georges Ouedraogo, qui a participé dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 août à la prise en charge des blessés de l'attaque du café Aziz Istanbul, à l'hôpital Yalgado Ouedraogo de Ouagadougou. Bien que régulièrement confronté à la mort, il reconnaît que les heures qui ont suivi l'attentat on été particulièrement éprouvantes : "C'était affreux, même pour nous".

Quelques minutes  après l’attaque qui a visé le café-restaurant Aziz Istanbul à Ouagadougou, le docteur Georges Ouedraogo, médecin en spécialisation en orthopédie-traumatologie, reçoit un appel. C’est le professeur Chritophe Da, chef du service des urgences traumatologiques de l’hôpital Yalgado Ouedraogo, qui lui demande de le rejoindre en urgence pour prendre en charge les blessés.

« Dès que je suis arrivé, j’ai vu des blessés couchés dans les couloirs du service de traumatologie. Mme Napon n’était plus en vie… À côté d’elle, gisait dans son sang un jeune qui a reçu une balle à tête. Ce dernier ne donnait pas non plus signe de vie. J’avoue que c’était affreux, même pour nous », explique le jeune médecin de trente ans. « Ce que j’ai vu m’a refroidi. On a l’habitude de voir des cas sérieux mais quand j’ai vu les corps allongés, j’ai immédiatement compris que les lésions étaient graves ».

S’organiser pour parer au plus urgent

Face à l’ampleur du drame et au ballet incessant d’ambulanciers, Georges et ses collègues décident de s’organiser pour parer au plus urgent. « On a formé tout de suite quatre équipes autour du Pr Da, ce qui nous a permis d’ouvrir quatre salles d’opération pour les blessés qui nécessitaient une intervention, contre deux habituellement ».

Un cas retient tout particulièrement son attention. Il s’agit d’un blessé dont un vaisseau sanguin, vital pour sa survie, a été touché par une balle. « Nous n’avions pas de spécialiste sur place. Il fallait faire quelque chose pour le sauver. On a pu stabiliser le saignement afin d’éviter qu’il ne perde trop de sang. On a alors fait appel à un spécialiste de la chirurgie des vaisseaux à l’Hôpital national Blaise Compaoré qui a procédé à l’opération chirurgicale ». Son soulagement est visible.

Son collègue Yves Kieno, mobilisé comme lui, se souvient aussi. « Quand je suis arrivé autour de 22h30, trois blessés étaient au bloc opératoire. C’est à ce moment que le gendarme blessé est arrivé. Il avait perdu beaucoup de sang, on l’a brancardé nous-mêmes pour le conduire au bloc ».

24 blessés et quatre morts à l’hôpital Yalgado

En tout, l’hôpital Yalgado a enregistré 24 blessés et quatre morts. « C’était une course contre la mort, et le pic des opérations était entre 23 heures et minuit mais dès que nous parvenions à stabiliser un blessé, il était immédiatement transféré au service d’hospitalisation », explique le docteur Ouedraogo. Sous la conduite du Pr Da, les équipes sont restées en alerte une bonne partie de la nuit. « Vers 4 heures du matin, la situation est devenue calme ». C’est alors seulement que Georges et ses collègues ont pu profiter d’un brin de répit au cours de cette nuit meurtrière.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici