États-Unis : « Trump a ouvert une voie nouvelle aux suprématistes blancs »

Un homme revêtant la tenue du Ku Klux Klan, à Charlottesville, aux États-Unis, le 8 juillet. Il défile devant des militants anti-racistes. © Steve Helber/AP/SIPA

L'administration Trump est encore bousculée par l'actualité. Cette fois, ce sont les événements violents survenus à Charlottesville le 12 août qui en sont la cause. Kenneth Frazier, l'un de ses conseillers en économie du Président, a annoncé ce lundi sa démission. Cet Africain-Américain, PDG d'un gros groupe du secteur pharmaceutique, reproche à Donald Trump de ne pas avoir clairement condamné les manifestants néo-nazis et suprématistes blancs à l'origine des violences. Comment ceux-ci peuvent-ils tenir des propos racistes et défiler en public ? L'éclairage de Philip Golub, professeur de relations internationales à l'Université américaine de Paris.

Jeune Afrique : Au départ, à Charlotesville, les manifestants d’extrême-droite se sont mobilisés pour protester contre le projet de déboulonnage de la statue du général Robert Lee. Qui était-il et que représente-t-il pour eux ? 

Philip Golub : Robert Edward Lee était le commandant en chef des armées confédérées lors de la Guerre de Sécession, la guerre civile américaine entre le Nord et le Sud qui s’est tenue de 1861 à 1865. Le général Lee dirigeait les forces du Sud pro-esclavage. C’est une figure de la guerre civile, qiu représente pour les radicaux de l’extrême-droite un symbole de leur idéaux racistes.

Pour eux, retirer cette statue revient à remettre en cause les valeurs sudistes. C’est pour cela qu’ils se sont autant mobilisés. Il faut se rappeler que l’organisation terroriste fasciste du Ku Klux Klan, bien présente pendant la manifestation, s’est créée juste après la fin de la Guerre et qu’elle militait pour une restauration du pouvoir du Sud. Donc ils se dressent contre toute atteinte à des symboles tels que Lee ou le drapeau confédéré.

Ces groupes ont toujours existé, mais l’arrivée du président Donald Trump à la Maison Blanche semble les avoir galvanisé…

L’élection de Trump a libéré la parole raciste, car c’est l’un des terreaux sur lesquels il a fait reposer sa campagne. Il a ouvert une voie nouvelle et laissé plus de place à ces mouvements dans le champ public américain. Les groupuscules de suprématistes blancs se revendiquent comme la base politique et le cœur de l’électorat du Président. La manifestation de Charlottesville permet de mobiliser cette base, qui était en sommeil jusqu’à l’avènement de Trump.

De plus, le KKK et leurs sympathisants souhaitent lancer un mouvement qui s’oppose à la disparition et au changement de noms des institutions et de tout ce qui fait référence à l’héritage esclavagiste et ségrégationniste des États-Unis. D’autant plus que cette vague de dé-nomination prend de l’ampleur depuis une vingtaine d’années.

Vous faites référence à l’histoire des États-Unis et à son passé raciste. Comment expliquer que ce genre de mouvements puisse légalement défiler dans l’espace public ? 

Car le premier amendement de la Constitution américaine définit la liberté d’expression comme un droit fondamental. Et les citoyens tiennent à ce droit, ce qui est normal. Ca peut choquer, mais le KKK a le droit de dire que les Blancs sont issue d’une race supérieure et que les Noirs doivent retourner en Afrique. Le véritable problème du premier amendement, c’est son interprétation.

On pourrait par exemple considérer que la parole raciste libérée entre en conflit avec la liberté des minorités à se faire respecter. À ce niveau, seule la Cour suprême peut trancher. La loi peut se lire de plusieurs façons, en fonction des circonstances historiques, politiques et sociales, et peut se transformer en véritable instrument de censure. En temps de conflit par exemple, tenir des propos contre la guerre pourrait être considéré comme de la trahison. Cela s’est produit durant la Première guerre mondiale sous la présidence de Woodrow Wilson.

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