Maroc : retour des tensions à Al Hoceïma après la mort d’un manifestant

Par Jeune Afrique avec AFP

Un manifestant du Hirak déploie le drapeau berbère devant les forces de l'ordre, lors de la grande marche du 20 juillet 2017 à Al-Hoceïma, dans le nord du Maroc. © Therese Di Campo/AP/SIPA

Nouvelles arrestations, appels à manifester, affrontements entre policiers et manifestants… La situation est à nouveau tendue dans la ville d’Al Hoceïma, épicentre de la contestation dans la région marocaine du Rif, après la mort d’un manifestant des suites de ses blessures mardi.

« La crise du Rif revient à zéro », résume vendredi le quotidien arabophone Akhbar Al Yaoum. Après plusieurs semaines d’accalmie, de nouveaux heurts ont opposé manifestants et forces de l’ordres à Al Hoceïma. Des violences qui font suite au décès tragique mardi d’Imad Atabi, un manifestant blessé à la tête lors de la grande marche du 20 juillet.

Ses funérailles, qui se sont déroulées mercredi dans « une ambiance électrique », ont laissé place à un sit-in et à des affrontements entre policiers et manifestants, a rapporté le magazine marocain TelQuel sur son site. Alors que les autorités n’ont pas commenté la nature de sa blessure, les membres du Hirak (nom donné au mouvement de contestation) ont déclaré qu’il avait été victime d’une grenade lacrymogène tirée par les forces de l’ordre. Une version corroborée par l’Association marocaine des droits de l’Homme, qui a également pointé la « responsabilité » du ministère de l’Intérieur.

« Le Hirak a désormais un martyr »

Une manifestation est prévue vendredi à Al Hoceïma, en mémoire du premier manifestant mort suite à des heurts avec les forces de l’ordre, alors que de nouvelles arrestations dans les rangs du mouvement ont été enregistrées. « Le Hirak a désormais un martyr, un leader, des détenus, des symboles et un cahier revendicatif », décrypte vendredi 11 août le journal Akhbar Al Yaoum, qui évoque le « sentiment d’injustice » ressenti par cette région.

La tension était pourtant descendue d’un cran depuis plusieurs semaines après le retrait des forces de l’ordre du centre d’Al Hoceïma. Une quarantaine de détenus du Hirak, sur plus de 150 personnes incarcérées, avaient également été graciés fin juillet par le roi du Maroc.

Mais les violences pourraient encore être ravivées par l’annonce ce vendredi par un juge d’instruction de la fin de l’enquête sur le leader du mouvement Nasser Zefzafi et de ses compagnons. Une partie de la presse a affirmé que le Procureur du roi avait requis à leur égard la prison à perpétuité ou la peine capitale. Des assertions démenties par l’un de leurs avocats, Rachid Benali, lequel a assuré à l’AFP que les actes d’accusations n’avaient pas encore été déposés.