Ghana : le président Nana Akufo-Addo déclare la guerre aux mines artisanales

Par Jeune Afrique avec AFP

Un site d'orpaillage clandestin, près de Hiré, en Côte d'Ivoire (illustration). © Charles Bouessel pour JA

Pour retrouver son éclat, le Ghana, ancienne "Côte de l'Or", s'est engagé à éradiquer les mines d'or artisanales, accusées de dommages humains et environnementaux et tenues pour responsables d'un colossal manque à gagner pour l'État.

Les mineurs de fortune seraient environ un million dans le pays. Ils creusent la roche, versent du mercure dans les rivières et sont devenus les bêtes noires des défenseurs de l’environnement.Les « galamseys », comme ces exploitations minières sont surnommées au Ghana, auraient coûté 2,2 milliards de dollars (soit 1,87 milliard d’euros) de pertes fiscales à l’État pour la seule année 2016, selon le ministère ghanéen des Ressources naturelles.

Le chef de l’État Nana Akufo-Addo, arrivé au pouvoir en début d’année, a fait de leur éradication une des priorités de son mandat. Après avoir promulgué une interdiction temporaire des mines artisanales, le gouvernement a déployé fin juillet 400 membres des forces de sécurité à travers le pays. La bataille s’annonce féroce, puisqu’une semaine plus tard, l’opération Vanguard a déjà fait un mort parmi les galamseys, dans la région d’Ashanti, dans le centre du pays, lors d’affrontements avec l’armée.

L’or, première source de revenus en devises étrangères

Depuis 2006, l’or est devenu la première source de revenus en devises étrangères du pays. Mais le gouvernement estime que près de la moitié des opérations minières à petite échelle échappent aux circuits de revente officiels, suggérant que le problème pourrait être bien plus étendu que les seules mines artisanales.

Travaillant dans des conditions extrêmement précaires et éprouvantes, et échappant de fait à toute loi sur les conditions de travail, les mineurs risquent leurs vies pour ramener quelques grammes d’or. Début juillet, 22 d’entre eux ont été ensevelis dans l’effondrement d’un puits. Après cinq jours d’efforts des secours pour les sortir des tunnels, les autorités les ont finalement déclarés morts et ont scellé le puits.

Une pauvreté endémique

Maame Esi Eshun, chercheuse pour le Centre Africain de la transformation économique, expose clairement que la prolifération des mines artisanales est liée avant tout à la pauvreté endémique des campagnes. Dans une étude menée au Ghana, au Burkina Faso et en Sierra Leone, elle démontre en effet que pour les jeunes hommes des régions minières, creuser la terre est plus lucratif et plus attirant que de la labourer : le travail est épuisant, mais il est plus rentable.

Selon elle, l’argent tiré de la revente de l’or − entre 100 et 300 dollars (85 à 255 euros) en moyenne par mois au Ghana − aide également les communautés à développer le secteur agricole, en permettant d’acheter du matériel pour les autres membres de la famille, plus âgés ou moins forts. Les agriculteurs gagnent à peine l’équivalent de 70 dollars par mois. Le plan gouvernemental est donc de développer l’économie rurale et de créer des emplois pour encourager les mineurs illégaux à se tourner vers le secteur formel.

Sentiments anti-chinois

« D’ici les cinq prochaines années, nous devrions être en capacité d’offrir plus d’opportunités de travail », assure le porte-parole du Ministère des Ressources naturelles, Abraham Otabil. « Ils pourront développer leur propre petite entreprise et oublier ces histoires de mines d’or. »

Mais les mines illégales n’attirent pas seulement les hommes des villages de la région d’Ashanti. Selon l’institut économique Oxford Business Group, près de 50 000 ressortissants étrangers travaillent également dans les Galamseys.

Cette année déjà, 200 Chinois ont été arrêtés pour leurs liens avec le commerce informel de l’or, déclenchant des sentiments xénophobes et anti-chinois à travers le pays. L’ambassadeur de Chine au Ghana a même rappelé les médias à l’ordre, leur demandant de « donner une couverture objective sur le problème des mines illégales ».

Pour le président Akufo-Addo, la répression relève de l’intérêt national : « Nous ne sommes pas contre les Chinois ou contre qui que ce soit, mais nous devons protéger l’intégrité de notre environnement pour offrir un meilleur futur aux prochaines générations. »